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Le racisme vous dis-je !

Quatorzième rapport du jeune Qahir Ezzalam à son oncle, second vizir du Qoranistan

Comme vous êtes bienheureux, mon oncle, dix fois, cent fois, mille fois bienheureux, de ne pas avoir quitté notre beau Royaume qui est aussi calme qu’une eau pure qu’aucune brise n’agite et où la seule préoccupation des sujets de Sa Majesté (qu’Allah le glorifie, lui, ses innombrables épouses et ses milliers de fils !) est de connaître à la seconde près l’instant où commencent les cinq prières obligatoires et même celles qui ne le sont pas ! Comme je vous envie ! Comme il me tarde d’avoir ce doctorat en sciences du social pour prendre, sous vos ordres, mes fonctions de sous-vizir ! Je suis impatient de vous prouver que vous vîtes juste, quand vous affirmâtes que la science du social est plus efficace que les mitrailleuses pour maintenir les hommes dans la juste voie pendant que les femmes restent à la cuisine.

Ici, au Monomotapa, tout est prétexte à controverse. Tout, c’est-à-dire le seul racisme, car le racisme en est l’alpha et l’oméga. Il n’est pas de débat qui ne porte pas sur les discriminations, la haine raciale, les quotas, l’origine, les ethnies, les races pures et les races impures, la diversité, le culturel, les noirs, les blancs, les jaunes, les bronzés, les métis, les quarterons et les octavons, etc. etc. etc. Béni soit le Qoranistan où ces débats n’ont pas de raison d’être, puisque les sujets de Sa Majesté (qu’Allah le glorifie, lui, ses innombrables épouses et ses milliers de fils !) sont tous des vrais croyants issus de la même race pure et qui, de ce fait, est supérieure à toutes les autres. Au Monomotapa, où la diversité est reine, on ne débat pas, on polémique ; on ne polémique pas, on invective ; on n’invective pas, on combat, on lutte, on se bat. Il n’y a plus de règle, ni de loi, tous les coups sont permis : buzz, images volées, graphiques détournés, enregistrements furtifs de conversation, délations, manipulation de l’opinion, fausses nouvelles, etc. Tout le monde lutte : journaleux et journaleuses, ministres et ministresses, députés et sénateurs, sportifs et sportives, imams et rabbins, femmes et jeunes filles, ceux qui travaillent et ceux qui chôment, parasites et rentiers, sociologues et sociologues, etc. Il n’y a que les sourds et muets qui ne font pas entendre leur voix dans ce tintamarre…  De cela, je conclus qu’un royaume vaut mieux qu’une république et que la vraie croyance est supérieure à la mécréance.

Depuis trente ans, le Monomotapa est embourbé dans les mêmes ornières : le racisme, le racisme, vous dis-je, il n’y a que le racisme, le racisme est partout, il explique tout, il souille tout. C’est Satan, Iblis, le Démon, le Mal, le Diable… Oui, le Monomotapa est un pays raciste, puisqu’il est habité par de sales mécréants, qui cessent de l’être quand ils deviennent vrais croyants. La preuve, c’est que le Monomotapa assure l’égalité de tous devant la loi, sans distinction d’origine, de race ou de religion. Scandale, au Monomotapa, les vrais croyants ne sont pas supérieurs aux autres ; scandale, au Monomotapa, les races pures, celles qui sont toutes noires, ne sont pas supérieures aux autres ; scandale, au Monomotapa, l’origine, la race, la religion sont des épiphénomènes, comme si nous, les vrais croyants, nous n’étions que des hamadryas ; scandale, au Monomotapa, on ne discrimine pas entre les hommes et les animaux… Ces scandales criminels, qui célèbrent l’indifférenciation généralisée, rongent ce pays, en dépit de notre chère science du social et de tous ses sectateurs, qui veulent mettre le Monomotapa au niveau du Qoranistan et le déracister définitivement.  

La balle du pied, ou qoret el qaddam comme on dit dans notre langue, ou football comme on dit dans la langue d’Amabo, est le terreau fertile de l’éternel racisme. Il y aurait trop de vrais croyants venus d’Algérie, du Fachicistan et du Maroc, dans les équipes de balle au pied du Monomotapa. Voilà une nouvelle qui attriste les humanistes, comme mon ami le doctorant algérien, qui, effrayé par ce racisme, n’aspire plus qu’à se réfugier en Amérique. Pour la première fois depuis que nous nous connaissons, je suis en désaccord avec lui.

« C’est scandaleux, me suis-je indigné comme si j’étais Hessel ! Les vrais croyants sont supérieurs, ils doivent être dans toutes les équipes, et en plus grand nombre que tous les autres. Il faut qu’il y en ait le plus possible. Les blancs étant naturellement racistes, il faut discriminer les joueurs et établir des quotas pour réduire au minimum le nombre d’autochtones. »

Et lyrique, j’ai ajouté : « La discrimination est la plus haute faculté de l’intelligence humaine. Vive l’intelligence ».  Le doctorant algérien ne partage pas mon enthousiasme. « Ces sélectionnés, a-t-il argué, choisissent à l’âge de 21 ans de jouer pour les équipes des pays dont leurs parents sont originaires. C’est une perte pour le Monomotapa ».  Ce à quoi, à mon grand étonnement, mon maître Baba Yaga a opiné.  « Le Monomotapa est un pays pauvre, l’Algérie est richissime. Les pays pauvres sont pillés par les pays riches. Ainsi va le monde depuis que le monde est monde, et tu voudrais, toi, Qahir Ezzalam, toi qui n’es même pas docteur en sciences du social, changer l’ordre du monde ! »

Je me suis indigné de plus belle, comme si j’avais pour livre de chevet, non pas el Qoran el karim, mais Indignez-vous ! « Il est injuste que des millionnaires de race supérieure jouent dans l’équipe nationale d’un pays qui est tout en bas de l’échelle, juste au-dessus des chiens ? Les obliger à jouer pour des racistes, c’est les humilier. Ils vivent au Monomotapa comme des nababs, ils préfèrent donc le sang au sol. L’allégeance à leur race passe avant ce qu’ils ont appris à l’école. Répondre à l’appel des ancêtres, c’est d’ailleurs la Loi suprême du Qoranistan. Leur fidélité à la race vaut mieux que votre humanisme de pacotille ». Il s’en est fallu de peu que nous ne commencions un long débat à la monomotapienne. Mais Baba Yaga, qui est sage, a mis le holà à la controverse, en nous servant un thé à la menthe.  

J’ai conclu de cela que Sa Majesté (qu’Allah le glorifie, lui, ses innombrables épouses et ses milliers de fils !) est sage quand ELLE fait jeter à la mer les étrangers qui tentent d’accoster dans notre riche Royaume. Mon oncle, bienheureux comme vous l’êtes, vous savez que ce n’est pas aux pauvres d’exploiter les riches, mais aux riches de vivre en parasites sur les pauvres. Telle est la loi que les milliardaires de la balle au pied suivent fidèlement, car ils sont plus vigilants que chacun de nous.

 

© Qahir Ezzalam pour LibertyVox

 

 

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© Qahir Ezzalam pour LibertyVox - Article paru le 08/05/2011 Imprimer cet article
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