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Les Iphigénie sacrifiées |
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Défendre les faibles et préserver l’innocence ? Où est l’Etat ? Un article de Baro Tinderbert. |
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Iphigénie, tragédie que Racine a composée
en 1674, n’est plus guère jouée, même si elle est encore au répertoire de la
Comédie française. Pour combien de temps encore ? Pourtant, elle mériterait
d’être montrée partout, parce qu’elle condense en elle une autre tragédie, moderne
et actuelle, celle qui frappe la France et les Français depuis une trentaine d’années.
On en connaît le sujet. Pour ceux qui l’ont oublié, le voici rappelé. Le roi
Agamemnon, qui commande l’armée grecque, attend des vents favorables pour
traverser la mer et assiéger Troie. Or, les Dieux retiennent les vents. Alors le
devin Calchas révèle à Agamemnon que, pour amadouer les Dieux, il doit leur
sacrifier sa fille Iphigénie, ce à quoi il finit par se résigner. Les auteurs du
mythe, qui n’étaient pas dépourvus d’humanité, n’ont pas osé faire mourir l’innocente.
La déesse Artémis lui a substitué sur l’autel une biche. Racine, qui n’est
pourtant pas connu comme humaniste à tout crin, n’a pas osé, lui non plus,
aller à l’encontre du mythe : Iphigénie échappant de peu au couteau du sacrificateur,
c’est Eriphile qui se suicide sur l’autel.
Partout, où que ce soit sur terre, les hommes, à quelque
dieu qu’ils croient, tiennent, et cela depuis des siècles, les sacrifices
humains pour les vestiges barbares d’une humanité primitive. On ne fait partie
de la communauté des hommes que si l’on a rompu avec cette inhumanité-là. C’est
le sens que prend dans le mythe biblique la substitution à Isaac d’un mouton,
substitution qui a été opérée sur l’autel même, avant que le couteau du
sacrificateur ne tranche la gorge de l’innocent. D’innombrables peuples ont accédé
à l’humanité en renonçant à verser le sang d’un enfant, d’une vierge, d’un
innocent pour complaire à on ne sait quelle divinité.
Dans le monde, les sacrifices humains sont proscrits.
Partout, sauf en France ou sauf en France depuis trente ans. Combien de vierges
ou d’innocents, enfants ou vieillards, ont-ils été sacrifiés depuis 1981 ?
Des centaines, dont presque tous sont oubliés, passé une journée ou deux à
larmoyer ou à geindre : plus jamais ça, comment peut-on laisser faire ça,
exiger que les pervers soient enfermés, demander des comptes à la justice,
rendre les juges complices sur le plan pénal, changer les lois, les durcir,
donner plus de moyens aux juges, etc. Depuis près de trente ans, la tragédie se
répète ad nauseam : les mêmes
sacrifices suivis des mêmes pleurs, des mêmes fanfaronnades, des mêmes indignations,
des mêmes contritions, des mêmes promesses... Les innocents sacrifiés ont pour
nom Agnès, Jeanne, Marie, Laetitia, Bénédicte, Marie-Jeanne, Jérémie, Florent,
Pierre, etc. Cela se passe en Bretagne, dans le Languedoc, dans le Nord, dans l’Est,
à Paris, dans le Sud-Ouest, près de Toulouse, en Bourgogne, en Alsace, en
Lorraine… Il n’est plus de lieu préservé. Toute portion du territoire de la
France peut devenir un autel sur lequel un pervers, un demi fou, un désaxé, un
criminel ordinaire, un sadique, un débile léger ou profond, etc. vont trancher
d’un coup de couteau la gorge d’un ou d’une innocent(e), plongeant ses parents
dans un malheur sans fin et les condamnant à une existence de morts-vivants… Même
l’école n’est plus le sanctuaire où les innocents, jadis, étaient protégés de
la fureur des sacrificateurs.
En 1979, le Parti socialiste a publié un Projet socialiste
pour la France, rédigé, dit-on, par Jospin et Chevènement ou par les « experts »
qu’ils ont dirigés, et validé par Mitterrand. Pour ce qui est de la criminalité,
la thèse qui donne un sens à ce « Projet socialiste » est celle, bien
connue, de Lénine et autres tyrans du même acabit. Le crime, y est-il
affirmé, est social de part en part et si des délits et des crimes sont commis
dans la société française, la faute en incombe à cette société, qui est mauvaise,
injuste, inégalitaire, etc. C’est parce qu’elle est capitaliste, donc égoïste,
cynique, individualiste à outrance, « ultra-libérale », qu’elle fabrique,
suscite, produit crimes et criminels à la chaîne. Il suffirait de régénérer la
société au socialisme pour que disparaissent, presque magiquement, crimes et délits
et que délinquants et criminels soudain repentis rentrent dans le droit chemin.
La politique judiciaire conçue par le PS et appliquée par les
ministres Badinter, Arpaillange, Nallet, Vauzelle, Guigou, Le Branchu, leurs
conseillers ou directeurs de cabinet ou les conseillers à la justice de
Matignon et de l’Elysée, s’est ainsi résumée à une bienveillance sans faille envers
les criminels et à une glaciale indifférence aux victimes sacrifiées. Plus de
peine de mort, sinon celle qu’infligent les sacrificateurs, raccourcissement
des peines de prison, multiplication des remises de peine, libérations
conditionnelles, entraves mises, au nom des « droits de l’homme »,
les droits aux sacrifices humains sans doute, aux enquêtes de police et de
gendarmerie, procédures annulées pour une virgule oubliée ou mal placée, armées
de psys rémunérés par les citoyens, accroissement des droits sonnants et trébuchants
accordés à la jurande des avocats, présence obligatoire d’un avocat rémunéré
par l’impôt dès le début d’une « garde à vue », etc. On sait que, de
tout ce fatras de pieuses intentions, il est advenu le contraire exact de ce
qui était prophétisé : de plus en plus de délits, de plus en plus de crimes,
des délinquants qui ne connaissent plus de limites, des criminels de plus en
plus impitoyables envers les innocents, une société socialiste ou socialisante
qui a donné un éternel feu vert à Fourniret, aux frères Jourdain, à Allègre,
Louis, Heaulme, Bodein, Rezala, Tissier, etc. Tout a été mis en œuvre pour qu’adviennent
les crimes que MM Foucault, Bourdieu, Gentis, Laing, Cooper, etc. et leurs
innombrables disciples en « sciences » sociales, juridiques ou autres
imputaient au mal inhérent à la France d’avant 1981. Assez douce et même
bonasse, elle a été transformée en une société criminogène. Elle produit du
crime, comme la respiration rejette du gaz carbonique. Combien d’Iphigénie vont-elles
encore être sacrifiées ? Cent ? Mille ? Dix mille ?
Il existe pourtant une immense différence entre les
sacrifices humains des mythes et les sacrifices humains de la France actuelle. Agamemnon
ne fait pas égorger la fille d’Achille, ni celle d’Ulysse, mais sa propre fille.
Il sacrifie Iphigénie à l’intérêt des Grecs. A l’opposé, ceux qui ont réintroduit
les sacrifices humains se sont bien gardés d’offrir leurs propres enfants ou
petits-enfants aux couteaux des Alègre, Fourniret, Heaulme, Louis, Meillon,
Tissier, etc. S’ils l’avaient fait, ils auraient été sans doute cruels ou
inhumains, mais pas monstrueux. Avec Agamemnon, on est dans la tragédie ;
aujourd’hui, la tragédie a été remplacée par le cynisme crapuleux. Il a suffi
que Marie Trintignant soit tuée par un individu adulé par les médias pour que
sa mère, jusque-là acquise à la bonne pensée, s’indigne du laxisme de la
justice et vomisse toutes les lois, dures aux victimes, bienveillantes entre
les criminels. Si les Alègre, Fourniret, Louis, Tissier, Bodein, Mathieu, etc. avaient
sacrifié les enfants et petits-enfants Lebranchu, Guigou, Vauzelle, Badinter,
Arpaillange, Nallet et autres droitsdel’hommistes, plutôt que les enfants de pauvres,
en un laps de temps très court, 24 heures chrono pas plus comme disent les
publicitaires, ces politiciens auraient obligé l’Etat à faire ce pour quoi il
existe : défendre les faibles, préserver l’innocence, endiguer les sacrifices
humains.
© Baro Tinderbert pour LibertyVox
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