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Il y a « souche » et « souches »

ou comment le pluriel sanctifie ce qui est haram

Dès que l’idéologie décide que des mots banals et communs, des mots de tout le monde qui sont dans la langue depuis des siècles, sont mauvais, diaboliques ou lucifériens, elle les marque au fer rouge. Chargés de tous les péchés du monde, les voilà bannis de la langue et interdits de discours. Cet ostracisme a frappé, il y a des décennies déjà, des mots tels que peuple, nation, race, France, populisme, invasion, identité (sauf quand elle est arabe, palestinienne ou islamique), etc. C’est aussi ce qui arrive à « souche », « peuple de souche », « Français de souche »…

Des trois mots « français de souche », seul « de », qui indique un lien syntaxique, n’a pas mauvaise presse ; les deux autres sont désormais des gros mots et ne sont bons qu’à être jetés aux oubliettes du discours. C’est un spécialiste de démographie qui, le premier, a employé ces trois mots il y a une vingtaine d’années, et cela dans le but de mieux connaître ce qui devait être mesuré, à savoir la population de la France. Ces trois mots lui semblaient commodes pour distinguer, dans la population de notre pays, ceux dont les quatre grands-parents étaient français ou nés en France de ceux dont les parents et grands-parents venaient d’ailleurs. Cela permettait de connaître l’évolution de la population et les facteurs de l’accroissement régulier que les chiffres bruts indiquaient.

Il n’y avait là rien de satanique, à moins que, pour les « dominants », ce ne soit la soif de connaissance ou la passion du savoir qui soient l’œuvre du Démon. L’interdiction de ces trois mots ayant été décrétée, le président de la République actuel s’est fait vertement morigéner pour avoir employé, sans les innombrables guillemets d’usage qui signalent la distance, l’éloignement, l’ironie, « Français de souche ». C’est tout juste s’il n’a pas été traité d’immonde raciste par les plus fanatiques de ses soutiens. Il a seulement été sommé de présenter ses excuses. Mais à qui ? Aux Français de non-souche ou aux non-Français de souche autre ? Naguère, les dominants hurlaient « il est interdit d’interdire ». Ils ont simplifié ce slogan. Il est désormais interdit de dire. Le changement, c’est « inter » supprimé : pas France Inter hélas, mais le seul inter d’interdire. Naguère, on pouvait dire ; aujourd’hui, cela est impossible. L’essence du gauchisme et du socialisme est dans l’omerta.

Le mot souche fait métaphore et la métaphore, comme on le sait peut-être, est non seulement au fondement de la poésie, mais aussi de la science. Il n’y a pas de discours scientifique sans métaphore, car la métaphore a une vertu : elle fait voir les choses du monde, elle donne une existence à ce qui n’a pas reçu de nom, elle nomme le nouveau, l’inédit, le sans pareil, ce qui vient d’être découvert ou inventé. La métaphore de la souche a aussi des défauts, car elle est double et ambivalente. Une souche, rappelons le sens propre du mot, est la partie enterrée d’un arbre. Cette réalité que chacun peut voir quand il se promène dans une forêt a donné naissance à deux métaphores. La première est celle de la généalogie.

Appliquée aux êtres humains, la souche est une lignée ; c’est celui et celle qui ont des descendants et qui ont fait souche. Le « Français de souche » est un être humain dont la lignée s’enracine, pour filer la métaphore, en France. Il n’y aucun jugement de valeur dans ce simple constat. La deuxième métaphore est méprisante. Elle exprime l’immobilité comme dans les comparaisons « rester comme une souche » ou « bête (ou stupide) comme une souche ». Une souche est une personne immobile, inerte ou peu intelligente et stupide. On peut se demander dans lequel de ces deux sens métaphoriques le président de la République a employé « Français de souche ». Désignait-il ceux qui sont de lignée française ou les Français qu’il juge abrutis ? A vot’bon cœur, msieursdames ! Ce sens insultant de « souche » est de toute évidence dans le mot « souchiens » ou « sous-chiens » (en arabe « taht el kelab ») qu’emploient volontiers des Français de non-souche ou des non-Français de souche islamique quand ils désignent les Français, les tenant pour des animaux qui, dans la hiérarchie des races, sont au-dessous de ces chiens à qui les musulmans vouent le plus vil mépris. Peut-être l’actuel président de la République, qui, à en croire son ex-maîtresse en titre, mépriserait les « sans-dents », a-t-il employé « Français de souche » dans le sens de « sous-chiens » ? Avec lui, tout est possible, surtout le pire.

La métaphore lignagère de la souche n’est pas nécessairement vouée aux gémonies. En un mot, l’infamie peut lui être épargnée : il suffit de l’employer au pluriel. Non pas de souche, mais de souches, auquel on ajoute des adjectifs comme « diverses » ou « plurielles » ou que l’on fait précéder d’un quantificateur comme « beaucoup de » ou « tant de ». Le pluriel change tout. Ainsi, la langue a été récemment torturée par des pluriels purement idéologiques, comme les « gauches » de la « gauche plurielle » ou les « islams » ou les « cultures » ou les « musiques ». Il est donc interdit de dire « Français de souche », satanique par oukase gauchiste ou haram comme il faut dire maintenant, mais il est permis, c’est-à-dire « licite » ou halal, et même fortement conseillé de dire « Français de tant (ou de beaucoup) de souches » ou « Français de souches diverses ou plurielles », qui, eux, sont angéliques, paradisiaques, vivre-ensemblistes, islamiques, puisque les islams sont pluriels : en un mot, parfaitement conformes au catéchisme qu’assènent les dominants.

Alain Minc et son éditeur l’ont bien compris. Le dernier ouvrage de M. Minc, au titre BCBG, tout comme il faut, costume cravate et foulards de soie, Un Français de tant de souches, vient d’être béni (oui-oui, évidemment) par la grande corporation des bien-pensants (tous bien pétants, évidemment) : journaleux et journaleuses, sermonneurs et donneuses de leçons (« éditorialistes » dans leur jargon), « intellos engagés » (pas de panique, de « bas étage » : exemples, Costa-Gavras et Kristeva). Il lui a été décerné le Prix du Livre Politique. Avec des jurys de ce type, en 1925, Adolf qui vous savez aurait reçu un prix pour Mein Kampf. Souche connaît enfin la transfiguration, comme le Christ. Au singulier, le mot et la chose étaient honnis, bannis, interdits, mauvais. Au pluriel, c’est le contraire. Si Hollande avait dit « Français de souches diverses » ou « Français de tant de souches », il aurait été glorifié ad vitam aeternam

M. Minc se targue d’être issu de plusieurs souches. C’est sa fierté ou son « Origins Pride ». Chacun fait ce qu’il veut ou ce qu’il peut. Quant à M. Minc, il peut peu. En fait, il est comme tous les Français et même tous les hommes. Un être humain, où qu’il vive, est issu de deux lignées ; avec les grands-parents, de quatre lignées ; et ainsi de suite. Le nombre de lignées augmente à mesure que l’on remonte dans le temps : 8, 16, 32, 64, 128, etc. N’importe qui, même un Bororo, qui a toujours vécu dans la forêt, ou un Inuit, qui n’a connu que la glace et le froid, ou un Pygmée du Cameroun, qui n’a jamais vu d’homme blanc, est issu de souches innombrables. Nous sommes tous des hommes de tant de souches, que nous soyons Bororo, Inuit, Pygmée, quidam, pékin, ou Français, etc.

Les sept milliards ou plus d’êtres humains vivant actuellement sur la terre ne tirent aucune gloriole des souches diverses et plurielles dont ils sont issus. Sans doute sont-ils sages, humbles et dépourvus de la moindre arrogance. C’est la condition humaine que d’être de « tant de souches ». Qu’on puisse en tirer vanité est inconcevable, à moins d’entendre « souches » dans le second sens métaphorique de faiblesse intellectuelle. C’est donc un signe de stupidités : le pluriel convient bien dans ces affaires de souches. Minc est ingénieur des mines et énarque. De lui, la rumeur dit qu’il est sorti 1er de l’ENA (ou y entré 1er).

On préfère ne pas s’interroger sur l’intelligence des centaines d’autres énarques qui ont été classés de la 2e à la dernière place : de vraies souches, en somme. Parmi les souches de M. Minc, il y a un militant communiste de chez communiste and Co, d’abord en Pologne, puis en France, où il s’est réfugié à compter de 1931, pour vivre enfin libre et digne et où il a milité jusqu’en 1967. A son crédit (moral et politique), on peut mettre la famine organisée de l’Ukraine, la grande purge qui en 1937-38 a éliminé des centaines de milliers de citoyens soviétiques qui n’étaient pas de souche russe, le pacte entre Hitler et Staline, les accords de coopération et d’amitié signés entre le Reich et l’URSS, le partage de la Pologne, l’annexion des pays baltes, la transformation des pays de l’Est en provinces de l’Empire soviétique, la réduction de millions d’être humains à l’esclavage, les procès contre les médecins juifs, les massacres de Berlin, de Budapest, de Varsovie, etc.  Ce communiste de souche polonaise a milité pendant trente ans dans le pays qui l’a accueilli pour y imposer le communisme et réduire ses hôtes à un état servile. Le fils est fier de ses souches. N’importe quel citoyen en aurait honte. C’est ce qui distingue le peuple de ceux qui le dominent.

© Jean Moulin pour LibertyVox

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© Jean Moulin pour LibertyVox - Article paru le 16/03/2016 Imprimer cet article
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