http://www.menapress.org/les-yeux-ouverts-info-011802-11.htmlLes yeux ouverts Par Stéphane Juffa vendredi, 18 février 2011 (info # 011802/11)
Deux navires de guerre iraniens, faisant mouvement en Mer Rouge, s’apprêteraient à traverser le Canal de Suez en route pour le port syrien de Lattaquié. C’est la première fois, depuis 1979, que des bâtiments militaires perses emprunteraient la voie d’eau. L’annonce faite par le gouvernement israélien, qui considère cet acte comme une "provocation de la part de la "République" Islamique", a été infirmée par les autorités égyptiennes en charge du Canal, mais elle a été reprise par le Président Barack Obama en personne. A noter que le Caire n’entretient pas de relations diplomatiques avec Téhéran.
A Jérusalem, on n’apprécierait pas du tout se trouver à portée de tir de la marine d’Ahmadinejad, même si on prévoit d’encadrer les bateaux de très près, quitte à les envoyer par le fond à la moindre manœuvre hostile. Mais ça n’est pas un acte suicidaire que redoutent le plus les décideurs hébreux : officiellement, les deux unités doivent participer à des exercices en compagnie de ceux de Béchar Al Assad, mais qui sait ce que leurs cales recèlent ? Et personne n’a émis l’intention de contrôler leur chargement, en dépit des résolutions du Conseil de Sécurité imposant un boycott de toutes les importations et exportations d’armes impliquant la Perse.
La perspective d’armes iraniennes supplémentaires au profit de la junte au pouvoir à Damas ou de ses affidés au Liban n’emballe évidemment pas l’état-major de Tsahal, qui craint encore davantage une présence perse permanente dans le bassin est-méditerranéen. Dans l’"ancienne Egypte", on traitait ce genre de problème grâce au téléphone rouge, qui liait en permanence le bureau d’Ehud Barak à celui d’Omar Suleiman. Désormais, personne ne répond plus, au Caire, au bout de cette ligne.
Signe des temps ? Du "Printemps" arabe en plein hiver ? Pas entièrement. C’est plutôt l’expression de l’indécision qui règne sur les bords du Nil et au sein du conseil militaire censé gouverner le pays des pharaons. A ce titre, les observateurs devraient éviter de porter aux nues la "retenue" qu’aurait observée l’armée égyptienne lors des récents événements et se demander à quel point cet énorme appareil désarticulé répond encore aux ordres de ses officiers. A Métula, on sait qu’à plusieurs reprises, il fut ordonné aux soldats de disperser la foule ; sans faire usage de leurs armes à feu, certes, mais depuis quand cinq cent mille militaires professionnels, et autant de policiers, ont-ils besoin de fusils mitrailleurs pour repousser un nombre quasi équivalent de manifestants ?
Et pourquoi, alors qu’ils étaient sur place, les militaires n’ont-ils pas empêché les pillards de s’emparer d’objets inestimables dans le Musée du Caire, des morceaux d’histoire appartenant au patrimoine de l’humanité. Les rapports indiquent que des soldats membres d’unités d’élite ont côtoyé les voleurs, dans la principale salle d’exposition, plusieurs heures durant sans intervenir. Les nouvelles en provenance du Sinaï ne sont pas moins alarmantes ; hormis la station balnéaire de Sharm El-Cheikh, où le dictateur écarté semble vivre ses derniers jours selon des sources arabes concordantes, l’intérieur du désert, et la région frontalière d’Israël et de la Bande de Gaza sont toujours abandonnés à la loi des bédouins, des miliciens du Hamas et à la mouvance islamiste armée, qu’on appelle – sauf à la Ména – Al Qaeda.
En fait de débonnaireté de la troupe, nous croyons qu’elle fait plutôt ce qu’il lui plaît, ou ce qu’elle peut, au coup par coup, et que les décisions se prennent au niveau du terrain et non de l’état-major. Comment s’en étonner, quand on sait que, sous Moubarak, la discipline et l’efficacité n’étaient pas beaucoup plus respectées par les soldats. Pour preuve, maintes fois évoquée dans ces colonnes, leur incapacité absolue à prévenir la contrebande avec Gaza, sur une portion de frontière de onze kilomètres, et malgré les moyens coûteux et sophistiqués fournis par des puissances occidentales. A ce manque de réactivité endémique, il convient d’ajouter le grand vide transitoire qui règne au sommet du pouvoir. Depuis le départ de Moubarak et d’Omar Suleiman, on n’a toujours pas aperçu le visage d’un général qui prendrait ses responsabilités au faîte de l’édifice politico-militaire. A-t-on déjà observé un pays de quatre-vingt-deux millions d’individus, en pleine crise, gouverné par une organisation sans chef véritable visible ?
Il faut également majorer notre observation en lui intégrant le fait que l’armée égyptienne comptait, à ses plus hauts échelons, un nombre impressionnant d’officiers corrompus. Où se trouvent-ils désormais ? A quoi s’affairent-ils ? Quand et par qui seront-ils remplacés ? On le comprend sans trop de difficulté, le delta du Nil vit des moments durant lesquels le vide décisionnel n’a pas encore été comblé. L’Egypte se trouve en état de choc, plongée dans une quasi anarchie ; privée de ses revenus touristiques et de ceux provenant de ses exportations de gaz, qui lui permettaient de survivre tant bien que mal.
La semaine prochaine, des ministres européens se réuniront au Caire pour envisager des moyens de fournir une aide économique d’urgence à une révolution exsangue. Quant aux Etats et organisations hostiles alentours, ils profitent évidemment de ce vide. Des terroristes condamnés et emprisonnés au Caire sont réapparus à Gaza, à la tête du Hamas, et à Beyrouth, à celle du Hezbollah. La contrebande d’armes à Gaza profite à plein de la situation portes ouvertes engendrée par la chienlit ambiante. Hosni Moubarak affirmait vouloir se maintenir afin, disait-il, d’empêcher le chaos. D’autres, philosophes, parleront d’une période de flottement inévitable, qui suit les changements abrupts de régimes. L’avenir tranchera, et nous ne nous empresserons pas d’affecter une interprétation stratégique aux transports de réfugiés égyptiens qui commencent à aborder sur les côtes européennes.
Pour savoir vers quoi se dirige le peuple des pyramides, il va falloir attendre un peu, et ne pas le priver de son droit de rêver à la liberté. Ce, même si, ici, nous croirions davantage à ses chances si les foules avaient évoqué, au titre de leurs revendications en matière de droits fondamentaux, la cessation immédiate de l’excision des femmes, ainsi que le droit à l’alphabétisation ; et pas uniquement leurs appels entendus au démembrement du parlement et à des changements constitutionnels. Celui qui peut prédire l’avenir du plus peuplé des pays arabes est incontestablement un grand devin ; nous, de rappeler, sans la moindre hésitation, qu’il importe de ne pas tout mélanger, et que seul un tournant vers la laïcité et l’arrêt des pratiques barbares peut être considéré comme une révolution dans l’intérêt des personnes, tandis que leur maintien et, en tous les cas, un "plus de religion", doivent être assimilés à une régression et une restriction de libertés.
Il n’y a pas de contrée dominée par l’islam où les gens vivent heureux, dans lesquelles les femmes jouissent de leurs pleins droits d’êtres humains, et où les minorités ethniques et religieuses ainsi que les communautés homosexuelles ne sont pas opprimées. Ca n’est pas faire de l’ethnocentrisme que d’affirmer qu’il n’existe qu’une seule direction allant vers l’amélioration du statut de l’être humain et que celle-ci passe obligatoirement par le respect des droits de l’individu, de sa place au centre de la société et la reconnaissance du libre arbitre du citoyen. Personne ne nous convaincra que l’excision est un droit, une purification de la femme, un acquis médical ou toute autre foutaise du même acabit. Tout comme l’obédience obligatoire à une foi ne saurait, en aucune circonstance et sous aucune latitude, être considérée comme un droit. C’est la liberté de ne pas suivre les préceptes d’une croyance et les volontés de ses prêtres qui en est une. Nous tenons, jusqu’à l’observation de la preuve pratique du contraire, ces considérations pour universelles.
Et nous regrettons les images de Jihane el-Sadate, la veuve du Président assassiné par les islamistes, qui la montraient en train de distribuer des préservatifs aux hommes égyptiens. Dans un pays comme le sien, où il naît un million d’enfants l’an, il est évident que le combat incontournable contre la misère passe par la régulation des naissances et contre ceux qui s’y opposent. Faute de quoi, la misère, l’illettrisme et les mutilations inhumaines vont se perpétuer ; lors, nous ne croyons guère aux miracles en matière de développement : la misère est le principal obstacle à la démocratie, son antidote la plus efficace. Ceci exprimé sans concession à l’atmosphère ambiante, on remarque que le mouvement de protestation dans le monde arabo-musulman s’articule autour de préoccupations très différentes selon l’endroit où il fait irruption. Au Yémen, il semble motivé par un rejet de l’autocrate Ali Abdullah Saleh, sur des motivations proches de celles qui animent les Egyptiens. En Libye et en Iran, les manifestants s’en prennent à des dictatures se réclamant d’inspiration coranique ; tandis que sur l’île de Bahreïn, dans le Golfe, à quelques miles des côtes persanes, la révolte très organisée des chiites contre la dynastie bicentenaire des Al-Khalifa est l’œuvre des agents khomeynistes.
Ce constat, pour dénoter que c’est effectivement le fonds de colère – longtemps retenue - des gens contre les pouvoirs discrétionnaires qui s’exprime et qu’il n’y a pas d’unicité dans la direction dans laquelle souffle le vent de révolte. La déstabilisation peut ainsi régner, terreau fertile de tous les corps organisés visant la domination de telle ou telle contrée désorientée. Cet état de fronde peut aussi s’installer pour plusieurs années et plonger des populations dans des situations de violence extrême, qui précéderaient leur éventuelle reconstruction. A ce jeu du rien ne va plus, le corps constitué momentanément victorieux est sans doute possible celui des ayatollahs iraniens, à la condition qu’ils parviennent à maîtriser la contestation qui reprend dans les rues de Téhéran (et dont nous proposerons un compte-rendu circonstancié et exclusif très prochainement). Connaissant leurs méthodes de répression, il semble que, sur ce point au moins, on puisse faire confiance aux dictateurs islamiques de Téhéran.
Quoi qu’il en soit, la junte théocratique ne fait pas qu’envoyer des navires en Méditerranée ; elle s’est également assuré la domination du Liban par des moyens presque démocratiques et a relancé ses neuf mille centrifugeuses à plein régime, dans son usine d’enrichissement de Natanz. Il apparaît, selon des comptes-rendus d’experts internationaux crédibles, que les dégâts occasionnés par le virus Stuxnet l’été dernier auraient été réparés, et que la bombe atomique chiite se soit remise à progresser. Quant à Stuxnet, on peut enfin dire sans se tordre la langue, qu’il s’agit d’une arme informatique mise au point par les Israéliens. C’est le chef d’état-major démissionnaire de Tsahal, le général Gabi Ashkenazi, qui l’a confié cette semaine à nos confrères d’Haaretz. Reste que Jérusalem est plus isolée que jamais dans sa détermination d’empêcher les ayatollahs de parvenir à leurs fins nucléaires. D’abord, parce que l’Etat hébreu est en train de perdre ses appuis providentiels dans le monde arabe à l’occasion de l’actuel brouillage de cartes. Ensuite, parce qu’Israël est l’alliée du grand perdant de ce début de période de révolte dans la sphère arabe, je veux parler, bien sûr, des Etats-Unis d’Amérique.
Au Liban, comme nous l’avions prédit, les menaces et les assurances d’Hillary Clinton n’ont pesé d’aucun poids sur le cours de la prise de pouvoir par les supplétifs de Damas et Téhéran. Les garanties données à Joumblatt par Washington se sont révélées moins persuasives que les menaces de mort que lui a transmises le chef du Hezbollah ; c’est ce transfuge qui a fait basculer la majorité parlementaire et permis la nomination de l’adepte de la "Grande Syrie", Nagib Mikati, au poste de 1er ministre. En Egypte, ce sont les Etats-Unis qui ont persuadé les généraux de remplacer Moubarak ET Suleiman "sans délai", et d’entamer la procédure de transition, sans posséder la moindre assurance qu’elle se terminera en faveur des intérêts de Washington dans la région.
Dans la dispute israélo-palestinienne, les USA ne sont parvenus ni à infléchir Benyamin Netanyahu sur la question du gel des implantations, ni à persuader les Palestiniens de revenir à la table des négociations, et surtout, à les dissuader de court-circuiter Washington en axant dorénavant leur effort diplomatique sur l’ONU. Cette nuit, Barack Obama s’est entretenu téléphoniquement durant une heure avec Mahmoud Abbas, sans parvenir à obtenir qu’il retire la proposition de résolution que les Etats arabes s’apprêtent à proposer au Conseil de Sécurité. Un draft qui condamne la politique israélienne dans les territoires et qui empiète sur l’entreprise diplomatique étasunienne en vue de solutionner le différend israélo-palestinien. Obama considère ce projet de résolution comme une offense personnelle et a donné des instructions à son ambassadeur pour opposer le veto de l’Amérique. Barack Obama, qui paraît émotionnellement impliqué dans les événements actuels, et qui a même réussi l’exploit peu ordinaire de faire sortir de ses gonds et de sa discrétion légendaire le roi Abdallah d’Arabie Saoudite, qui, lors d’un choc frontal avec le pensionnaire de la Maison Blanche, avait promis de remplacer intégralement l’aide économique fournie par les Etats-Unis à l’Egypte, au cas où Washington l’interromprait, comme elle menaçait de le faire si Moubarak refusait de partir.
Constatation : l’Amérique perd pied au profit de ses ennemis au Moyen-Orient, et, ce qui est plus fâcheux encore pour la seule superpuissance du globe, elle a égaré son pouvoir de convaincre ceux qui rechignent à entendre sa raison. Même quand il s’agit de ses "amis". La voix du Président des Etats-Unis ne fait plus trembler personne ; personne ne croit plus en la réalisation de ses promesses ni de ses menaces. On a nettement l’impression qu’il existe deux USA, ceux du Présidents et de la Secrétaire d’Etat, confus et insondables, et ceux des chambres et de l’armée, qui poursuivent la politique traditionnelle de l’Oncle Sam. Pour les observateurs professionnels, c’est Barack Obama qui a "donné l’ordre" aux généraux égyptiens, formés aux Etats-Unis et équipés par eux, de prendre les choses en main.
On a vu un Obama réjoui multiplier les points de presse et idéaliser la révolution égyptienne et les manifestants comme s’il était directement concerné. Depuis, il s’est engagé à reconsidérer les relations de son pays avec les Frères Musulmans, oubliant, au passage, qu’ils avaient plébiscité les attaques du Onze Septembre, ainsi qu’élevé au rang de martyrs les assassins qui avaient ôté la vie à près de 2500 de ses compatriotes. Pendant ce temps, Hillary Clinton appelait le roi de Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, pour lui dire son inquiétude après la dispersion par sa police des protestataires chiites qui occupaient la place principale de Manama. Certes, quatre manifestants réclamant la chute du régime ont été tués lors de cette intervention, mais la Secrétaire d’Etat US ignore-t-elle que les côtes iraniennes sont situées à moins de 190 kilomètres de Bahreïn, et que Téhéran n’a jamais dissimulé son ambition territoriale visant à annexer l’île, ses gisements de pétrole et ses cultures de perles ?
Suite à l’appel de Madame Clinton, les Bahreïni ont organisé hier, dans l’urgence, une réunion des leaders arabes voisins, à l’issue de laquelle ces derniers ont affirmé leur soutien pour la réaction du roi et vivement dénoncé l’étrange tentative d’ingérence de l’Amérique. Phénomène hors du commun, un journaliste de Bahreïn est intervenu sans utiliser de pseudo sur la radio nationale israélienne afin d’y expliquer le point de vue de son gouvernement. A l’entendre, on pouvait discerner que les Emirats du Golfe ne faisaient plus confiance à Washington pour les protéger contre les mauvaises intentions perses, et qu’ils étaient prêts à se tourner vers l’adversaire israélien pour trouver quelque réconfort.
L’administration Obama a également exprimé son soutien aux manifestants iraniens, mais de manière toujours trop polie et respectueuse pour la dictature des ayatollahs ; aucun appel à "quitter immédiatement le pouvoir" ne leur a été adressé, comme ceux, envoyés de façon itérative à l’"ami" Moubarak ces dernières semaines. Au moins, cette fois-ci, Obama n’a pas attendu plusieurs jours de répression sanglante à Téhéran pour faire part de sa timide réprobation. Au rythme où vont les choses, en l’absence d’une vision globale du Président américain, les Etats-Unis pourraient perdre tous leurs alliés arabo-musulmans en l’espace de quelques mois. Une atteinte majeure pour les intérêts yankees, leur sécurité, leur économie et pour les valeurs dont ils sont les garants pour le monde libre.
C’est avec inquiétude que nous notons que ces revers successifs n’ont pas l’air d’inquiéter Barack Obama, mais auraient plutôt pour effet de le mettre de bonne humeur. Alors que l’amiral Mullen, le chef des armées US, est accouru à Jérusalem pour y tenir un discours stratégique traditionnel et responsable, qui fut reçu 5/5 par ses interlocuteurs, tandis que les députés et sénateurs siégeant à Washington s’expriment eux-aussi de manière cohérente et pondérée, le Président paraît s’être remis à poursuivre ses visions "à la recherche d’un autre monde". Sans se fendre d’un traître mot sur la situation les excisées, des chrétiens d’Orient et des homosexuels, sans montrer d’inquiétude quant à l’éventualité de prises de pouvoir par les islamistes – qui haïssent les USA à mort, avec ou sans Barack Hussein Obama à leur tête - et sans fournir la moindre explication sur ses intentions concernant l’avenir de la bombe iranienne, ce qui nous pousse évidemment à nous interroger sur le genre de monde qu’il espère.
Pour faire simple au centre d’une réalité complexe, et en nous gardant de nous poser des questions sur la relation intime existant probablement entre Obama et l’islam, je crois qu’un choix urgent s’impose à l’Occident au regard de l’instabilité qui gagne la région : soit on décide de continuer à traiter avec les autocraties en place, comme on l’a fait jusqu’à présent, sans se soucier de la façon dont elles gèrent leurs populations, soit on soutient les démarches révolutionnaires contre lesdites dictatures. Encore faut-il avoir la cohérence, dans ce dernier cas, de combattre ouvertement tous les régimes autoritaires sans exception jusqu’à ce qu’ils tombent, et cela, avec tous les moyens non militaires – et ils sont extrêmement nombreux, économiques et commerciaux, diplomatiques, en gelant les accords bilatéraux, leurs comptes en banques, en cessant de leur vendre des armes et d’entraîner leurs policiers et leurs soldats – à disposition.
Ca n’est pas qu’un souci de moralité qui dicte cette posture politique, c’est uniquement que, faute d’appliquer la cohérence dont je parle, le monde libre va se fâcher à la fois avec les dictateurs, qu’il aura cessé d’aider, et avec les révolutionnaires, dont il soutiendra certains des oppresseurs. A l’occasion de son discours devant le Congrès, en janvier 2002, le décrié George W. Bush avait, quant à lui, clairement effectué le choix de l’expansion de la démocratie aux dépens des dictatures (le désormais célèbre "Axe du mal"). Bien que cela demeura son credo officiel et devint le thème central de la politique étrangère américaine durant ses mandats, avec des succès partiels mais non-négligeables, en Irak et en Afghanistan notamment, l’initiative de Bush s’essouffla, faute d’y avoir consacré les moyens extraordinaires nécessaires, et par celle des alliés de l’Amérique, qui continuèrent à courtiser les despotes avec lesquels ils réalisaient des affaires juteuses.
Les Etats démocratiques ne peuvent pas se contenter de faire du suivisme, comme c’est actuellement le cas, car ils s’exposent, pour les raisons que j’ai dites, au syndrome Rouhollah Khomeiny. Rappelez-vous, la France avait assuré, à grands frais, le refuge, le gîte, la protection et le couvert à l’ayatollah en exil, qui, une fois rentré victorieux en Iran y a fondé le système politique le plus violemment hostile à la démocratie occidentale que l’on ait connu depuis lors. Evidemment, il serait aussi préférable que les pays libres se montrent capables de distinguer entre les mouvements révolutionnaires en route vers la liberté et ceux menant droit aux ténèbres, voire de les influencer. Mais n’articulons pas d’exigences dont on sait qu’elles ne peuvent être gérées par les gouvernants médiocres à la tête des démocraties par les temps qui courent, et des intelligentsias et des media totalement à côté des enjeux qui se trament.
Incompréhension suffisamment crasse pour avoir poussé deux ministres français à se trouver pris du mauvais côté de la rivière au cœur de deux révolutions différentes. Baste ! La lumière surgira forcément du projet d’Union pour la Méditerranée, qui vient, malencontreusement, de perdre deux de ses piliers majeurs… Ben quoi, on peut encore, à la Ména, terminer une analyse morose sur une touche d’humeur, non ?