Posté le: 29 Sep 2007, 01:50
FFL a écrit:
Moi je n'ai jamais enseigné la langue française. Mais ma mère était enseignante.
Très classique. Bled etc.
Vers la fin de sa carrière, il y avait la méthode globale et toutes ces sortes de choses.
Je reprends ce message FFL dans un fil mieux adapté. Merci d'avoir personnalisé un peu, rendant ainsi la discussion plus réelle et plus pragmatique.
Votre maman a cessé d'enseigner vers quelle année ? Et vous dites qu'il y avait "la méthode globale" vers la fin de sa carrière... Vous êtes sûr de cela car la méthode globale n'a pas été pratiquée en France à part dans de rares écoles DECROLY. Je tombe des nues...
FFL a écrit:
Elle ne s'en occupait pas.
Quand l'inspecteur venait dans sa classe, elle lui annonçait froidement que sa visite ne servirait à rien et qu'il aurait aussi bien pu repartir parce qu'elle ne tiendrait aucun compte de ses remarques. :lol:
Elle avait bien raison. L'inspecteur ne pouvait rien contre elle du moment qu'elle assumait sa charge avec sérieux, motivation et qu'elle était impliquée dans sa tâche. Savez-vous bien que la force de résistance des enseignants a été très forte après mai 68 afin de ne pas sombrer ou dériver dans n'importe quelles aventures pédagogiques ?
FFL a écrit:
Mais toutes ses élèves l'appréciaient (il y en a suffisamment qui me l'ont dit). De même que sa directrice (une amie) et les parents d'élèves.
Les parents demandaient souvent à ce que leurs enfants soient dans sa classe, parce qu'elle avait des résultats.
Beaucoup d'entre nous connaissent cela. Je l'ai même entendu dans la bouche du préfet qui le tenait de l'IA lui-même le tenant de l'IEN etc... Mais il faut bien reconnaître qu'une "réputation" ne se crée pas en 1 an. Plus que des "résultats", qui sont indispensables, c'est une adhésion qui compte.
FFL a écrit:
Donc elle n'a jamais eu de problèmes avec les rapports d'inspection. Parce que cette méthode... fonctionnait, tout simplement. L'inspecteur s'écrasait.
Personne n'a jamais eu le moindre "problème" ou souci avec sa hiérarchie à propos de méthodes syllabiques d'apprentissage de la lecture. Les "ennuis ou tracasseries" des PE sortant de l'IUFM (comme le raconte Rachel BOUTONNET dans son bouquin) étaient plus des exigences des IUFM. Pas celles des corps d'inspection !
FFL a écrit:
A la maison, il y avait des livres partout. Moi j'adorais ça, je lisais beaucoup. Je crois que lire, jeune, est extrêmement important pour développer une affinité avec la langue. Les structures et les détails s'inscrivent dans la mémoire par un procédé inconscient, et je pense que lire beaucoup accélère le processus.
Qu'est-ce que ça me fait plaisir de vous voir écrire cela et que vous en ayez eu autant conscience ! C'est L'ESSENTIEL FFL ! Il n'a que cela de vrai et c'est UNIQUEMENT un environnement de lecture qui fait lire et apprendre à lire. C'est le carburant de toute méthode, encore qu'il y a des quantités de "méthodes". Je dirais pratiquement autant que d'élèves en apprentissage ! :wink:
FFL a écrit:
Oh je n'étais pas parfait. Mais si je ramenais un 9 sur 10 en dictée elle me regardait avec l'air inquiète et elle demandait: "Mais... pourquoi? Qu'est-ce qui s'est passé? Pourquoi tu n'as pas eu 10?"
Ca aide aussi. :lol: :lol: :lol:
Oui, la stimulation, l'encouragement, la gratification ! Un regard ou un simple sourire parfois sont des moteurs de progrès fabuleux chez les enfants et les adolescents. L'exigence adaptée à chaque cas est aussi une condition sine qua none de la meilleure réussite de chaque individualité, de chaque personnalité. Comme vous dites FFL, ça aide énormément !
Imaginez seulement les situations contraires ou... opposées : les cris, la panique, les exigences inadaptées, les critiques envers la maîtresse, de ses "méthodes", critiques renouvelées régulièrement etc...
Vous avez décrit
un milieu favorable à l'épanouissement et à l'éveil à l'envie de lire. Là est LE problème n° 1 !FFL a écrit:
Ceci dit mon père, qui lui ne lisait pratiquement pas (trop de travail, homme d'affaires), avait, et a toujours, une orthographe impeccable.
Rassurez-vous, il a eu son temps et au total je suis sûr que dans ses "affaires", il manipulait beaucoup d'écrit, comme le mien finalement... L'orthographe acquise ne se perd jamais si on ne perd pas le contact visuel avec l'écrit et si on reste en bonne santé au plan cérébral, neuronal.
FFL a écrit:
Les instituteurs et institutrices que j'ai eus en tant qu'élève étaient aussi de cette génération. C'était, dans les grandes lignes, la même attitude.
Donc forcément, le b a = ba, j'y crois.
Oui, moi aussi bien sûr ! C'est un passage obligé. L'IRMf et les travaux de neurosciences de Stanislas DEHAENE le montrent à l'évidence. Mais ils montrent aussi d'autres éléments qui doivent être pris en compte.
Citation:
Son dernier livre vient de paraître
Les neurones de la lecture
Stanislas DEHAENE
préface de Jean-Pierre Changeux
éd Odile JACOB
Ce qui s'est produit après les 50 glorieuses des méthodes dites purement syllabiques comme l'était la méthode BOSCHER, c'est que les corps d'inspection ont fait remonter au ministère les résultats "obtenus" sur le terrain. Il s'avérait que les gamins savaient "déchiffrer" mais que beaucoup d'entre eux ânonnaient encore longtemps et certains même trop nombreux ne parvenaient pas au sens, ne COMPRENAIENT PAS ce qu'ils proféraient phonétiquement. Des méthodes intermédiaires ont été mises au point comme le fameux "Daniel & Valérie" ou "Caroline & Bruno" voire "Poucet et son ami l'écureuil" etc...
La différence avec la pure syllabique style BOSCHER c'est qu'il fallait donner du sens à ce que l'on lisait. Le son ne suffisait plus. On partait donc d'un contexte (une courte phrase qui n'était pas à LIRE) dans laquelle on extrayait un mot (qui n'était pas à lire non plus) pour étudier les voyelles, puis au fur et à mesure, toutes les consonnes en effectuant une combinatoire qui donnait les syllabes. Pour "mécaniser" un peu le processus, on pratiquait une syllabation automatique (ça, c'est pour Élie) c'est à dire la lecture assez rapide de toutes les syllabes possibles, y compris les syllabes artificielles qui par définition ne font pas de sens. fa fe fi fo fu fy puis plus tard foi feu fou fon etc... puis fra fre fri fro fru fry etc...
Toutes les combinaisons étaient étudiées en même temps que quelques mots très brefs étaient mémorisés pour améliorer le débit et la compréhension du "récit". à, de, avec, par, pour, dans etc... Ce qui est loin d'en faire une "méthode globale". On l'a appelée "méthode mixte". D'autres disaient "méthode semi-globale". C'est un peu ridicule car c'est une méthode syllabique à 95 %.
J'arrête car je pourrais vous ennuyer et en écrire 100 pages. Pardonnez-moi.
FFL a écrit:
Pour évaluer les méthodes "modernes", je n'ai qu'à lire des blogs au hasard. Franchement, il y en a qui font peur. Parce que le langage conditionne la pensée. Donc si on ne le maîtrise pas, on ne peut pas pleinement penser.
Une grosse désinformation / intoxication a été faite par des sites comme
http://www.sauv.net. C'est eux qui ont influencé de ROBIEN dans ses décisions, preuve que c'est un ignorant parfait en matière d'apprentissage de la lecture entre autres...
En gros, il n'y a pas de "méthode moderne" pas plus qu'il n'y a eu en France de "méthode globale". On apprendra toujours à lire en associant les consonnes et les voyelles puis les diphtongues et toutes les sonorités de notre belle langue française. Ce sont juste les entrées qui différent un peu. Par exemple "la méthode du sablier" a une entrée très phonétique à tel point qu'on lit plus des sons (des phonèmes) que des graphies. D'autres méthodes comme la méthode "BOREL-MAISONNY" associe davantage d'éléments d'entrée car elle était au départ destinée à des enfants porteurs d'un handicap. Elle est très efficace. Le Sablier aussi. Cependant ma crainte a toujours été que l'excès de stimulations à l'apprentissage ne crée des réseaux de neurones inutiles, voire parasites, en tout cas pour la vitesse de lecture plus tard, j'en suis convaincu. Or la vitesse est le signe le plus caractéristique de l'efficaité de la lecture-compréhension. La méthode du Sablier a de gros inconvénients pour les résultats globaux en orthographe (=> écriture phonétique). Donc B A => BA avec des présentations différentes, voilà tout ! Le reste est de la pure intoxication relayée complaisamment par les médias. La baisse de niveau en orthographe est réelle mais je l'attribue essentiellement aux méthodes dans lesquelles on a injecté trop de phonétique et à l'abandon coupable d'une grammaire simple et logique. Là aussi j'aurais des milliers de choses à dire... Le 40 % de FERRY c'est du pipeau !
FFL a écrit:
Alors... les résultats. C'est ce qui compte.
Comme dans les affaires.
Tout à fait d'accord FFL. Mes élèves de tous âges (de 6 à 20 ans) et même souvent de 17 à 77 ans m'ont toujours donné acte de cela, leurs parents aussi (pour les plus jeunes d'entre eux) er j'ai même eu, au début des années 80 des promotions entières de jeunes qui accédaient à un bac C ou D en totalité et l'obtenaient TOUS et même, beaucoup avec des mentions (de l'époque...)
C'est pourquoi je ne peux m'empêcher d'être scandalisé par ce qui se dit sur l'incurie totale de l'enseignement. Il y a des problèmes, certes. Mais ils sont structurels et environnementaux au sens de l'environnement hyper-sollicitant et hyper stimulant qui entoure nos jeunes. 80 % d'une tranche d'âge au niveau Bac, c'était une utopie stupide et démagogique. Les milieux scolaires dans lesquels on rencontre cela sont des milieux hyper-favorisés. Je les connais bien aussi.
Mais ça, je l'ai déjà dit.
L'écrit a été abandonné joyeusement au profit du cathodique, du LCD et du plasma qui ne produisent quand même que des images. Or c'est la Galaxie GUTEMBERG qui a façonné notre logique et tout le cadre de notre raisonnement ; la Galaxie MARCONI a fait tout partir en miettes car on a cru pouvoir faire l'impasse de la précédente version du "logiciel".

Les gens de mon âge (pas tous puisqu'il y a encore un fort pourcentage d'illettrés parmi mes "conscrits") n'ont pas eu cet inconvénient car ils ont complètement intégré le monde de l'écrit et n'ont emprunté le chemin de l'image et de l'information en temps réel que progressivement. Ils sont donc moins pointus en manipulation des NTIC mais conservent une base culturelle irremplaçable. De l'écrit, de l'écrit, de l'écrit s'il vous plaît.
Et ça va vous faire plaisir j'imagine : plusieurs langues vivantes, le plus tôt possible oralement d'abord puis très vite à l'écrit aussi. À mon époque, c'était l'inverse.
FFL a écrit:
Comme dans la politique aussi, d'ailleurs.
Il y en a... dans les mosquées. Le président ferme le ramadan d'honneur !
FFL a écrit:
Si un enseignant a des résultats avec une méthode "globale", ou d'ailleurs n'importe quelle autre méthode, je dis bravo.
Avec une méthode globale, c'est possible pour 2 à 4 % des élèves donc pas suffisamment performant. Pour les autres (avec la combinatoire sine qua none, quelles qu'en soient les modalités, ça marche !)
FFL a écrit:
Mais en tout cas je connais une méthode qui fonctionne. Et si -c'est vrai - il y avait parfois des élèves "pas très doués" dans les écoles par lesquelles je suis passé, en tout cas en sixième tout le monde savait lire.
Just my two cents.
Oui, les "pas doués" ce sont ceux que j'ai connus moi aussi hélas à 6 ans et à 10 ans qui certes savaient "lire" mais ce n'était qu'un déchiffrage phonétique. Un assemblage laborieux de lettres avec un code mais le passage de la boucle phonologique qui est créé par les sollicitations des aires du cortex visuel ne se faisait pas, jamais. Or, cette phase de liaison avec la base de données sémantique de notre jeune cerveau est indispensable et, comme pour l'écriture, ça doit se faire en même temps, simultanément. Si on fait cette impasse, c'est trop tard !
J'espère que vous réussirez à me lire sans peine FFL. Je ne crois pas être capable de le réécrire en Anglais.
