Voilà ! J'ai enfin quelques minutes pour répondre à votre message Alamut.
Ah, une péritonite, ce n'est pas rien. Mon fils aîné s'est trouvé dans ce cas d'extrême urgence à son retour d'un 2ème voyage au Myanmar (Birmanie) le Pays de Aung San Suu Kyi. Il a été opéré en catastrophe dans un hôpital adventiste de Bangkok
http://www.intmedtourism.com/en/companies/bangkok-adventist-hospital/ et ils lui ont sauvé la vie d'extrême justesse, avant qu'il ne puisse rentrer à Londres son lieu de travail le plus fréquent.
Oui, quand le mot tant recherché arrive, c'est que nous avons pu dépasser le stade de "je l'ai sous la langue". En fait, si votre langue 1ère et le français, il est étonnant que vous mémorisiez en premier "blutsenkung..." car les traces mnésiques relatives à la langue affective appelée langue maternelle ou langue première se trouvent inscrites dans l'hémisphère gauche du cerveau. La seule explication de cette prédominance du "blutsenkung" est l'émotion intense occasionnée par votre situation dans cet hôpital allemand. Et l'émotion intense est source de mémorisation indélébile. Je m'intéresse beaucoup à la mémoire humaine (c'est important dans mon métier) et j'ai longuement étudié toutes les facettes de cette faculté multiple et surprenante.
Pour vos artifices de calcul numérique, il faut bien considérer que le nombre 9 correspond au chiffre le plus grand de notre système de numération de position décimale (que l'on dit inventée par les Arabes, alors qu'elle le fut entièrement par les Indiens et Brahmagupta en premier). On peut donc l'utiliser comme étant le dernier nombre sans groupement. Moi, j'utilise des abaques pour ce faire... Par conséquent, dans toute équation du genre
7 + 9 = 16 on va pouvoir tourner autour du passage à la dizaine
9 + 1 = 10 mais si l'on en revient à la 1ère écriture, on peut effectivement moduler avec un pas de 1, 6 + 10 = 16, 5 + 11 = 16 , 4 + 12 = 16, 3 + 13 = 16, 2 = 14 = 16, 1 + 15 = 16 et même 0 +16 = 16.
Mais il en est de même, comme je vous l'avais dit avec la preuve par neuf qui peut permettre de vérifier en un clin d'oeil qu'une multiplication compliquée ou une division assez corsée a de grandes chances d'être exacte ou qu'elles sont irrémédiablement fausses. On utilise la somme des chiffres. Mais c'est valide aussi pour vérifier une addition. Ne pas savoir ses tables de multiplication et les tables d'addition élémentaires est un handicap définitif pour les élèves et au-delà du CM2, il sera trop tard, définitivement trop tard. J'ai comme vous des petits enfants Alamut et je suis dans le même souci que vous, croyez-le bien.
Et ne croyez surtout pas Laurence : elle n'y connaît absolument rien en matière de pédagogie, de didactique, dans le domaine des savoirs indispensables du CP à la terminale, en matière de savoir-faire nécessaires à l'acquisition de méthodes de travail incontournables et, pour ce qui est des savoir-être qui fondent notre société, elle ne connaît que la loi de la jungle et le chacun pour soi dans lequel chacun remplit son porte-monnaie au maximum, sans se soucier de l'intérêt de la collectivité ni du rôle de l'État qui a des fonctions régaliennes à assumer. En outre, elle ne sait pas faire les liens nécessaires entre les différentes données car elle reste en mode mononeuronal, une sorte de manichéisme qui aboutit dans un cul de sac en sens unique. Bon, je l'aime bien, elle a du courage et n'hésite pas à aller au bout de ses idées, mais les impasses, ce n'est pas trop ma tasse de thé...
Alamut, vous êtes sur la voie des algorithmes. Mais je dois vous dire que la magie des nombres est une découverte fantastique. Les enfants et les adolescents adorent qu'on les surprenne et qu'on leur fasse entrevoir puis assimiler toutes ces merveilles fantastiques. Je vous rappelle les handicaps que j'ai pu constater au cours des dernières années de mon activité : Ce texte que j'ai écrit au début de ce 3ème millénaire serait sans doute à réécrire, à affiner, à améliorer, mais je vous le redonne tel quel :
Citation:
La société française actuelle, dominée par l'argent et les media, fabrique de toutes pièces un environnement artificiel nourri d'une information continue, inquiétante et mouvante à la fois qui fait en sorte que plus personne ne peut se reposer sur des valeurs ou événements stables et reconnus comme des repères de comportement social : la norme nouvelle semble être devenue par priorité ce qui est exceptionnel, rare et inquiétant plutôt que ce qui est courant, banal et rassurant. Mais n'est-ce pas l'intérêt commercial des groupes de presse et autres agences qui vivent de "l'actualité", qui dispensent les "mêmes informations" à tous, de se comporter ainsi ? [1]
Les ressources, dans ce domaine, sont inépuisables tant la cupidité, le goût du macabre, du tragique et de l'insolite l'emportent sur la raison, le souci d'être informé objectivement et le désir de participer collectivement au devenir de son propre environnement politique et culture. Ainsi, les enfants et les adolescents qui nous sont confiés baignent dans cette profusion d'informations le plus souvent pour eux indéchiffrables car trop peu logiques par rapport à leur égocentrisme naturel et à leur approche économique du monde qui est la satisfaction la plus rapide possible des besoins et des envies les plus tenaces que génère chez eux la publicité dont ils sont, directement ou indirectement la cible favorite.
Quelles peuvent donc être leurs réactions de défense face à cette offensive des forces d'argent qui les assaillent, les agressent par des images insistantes, redondantes et le plus souvent nocives pour la sensibilité de leurs jeunes cerveaux en formation ? Il semble bien que leur réponse soit à la fois modératrice et dommageable : modératrice en ce sens qu'ils s'efforcent de ne pas revenir excessivement sur ces informations et sollicitations qui encombreraient leur mémoire immédiate et même celle du long terme.
Par contre, ils semblent très imprégnés de certains messages de type publicitaire ainsi que par les scènes de violence, tant la répétition du "massage" est efficace. Seuls, les clips vidéo semblent donc avoir une emprise durable sur nos élèves car le contenu est suggéré par la forme même du montage soutenu par la musique et les voix "off", renforcées par le choix de la couleur, les effets spéciaux et l'humour. C'est le genre de message TOTAL et seuls, dorénavant, de tels messages peuvent avoir un impact durable et profond sur nos jeunes élèves de 14 mois à 18 ans et même peut-être au-delà.
Dans ces conditions, quel type de pédagogie, quel mode de relations et quels "traitements didactiques" pouvons-nous inventer à l'intention de ces générations futures auxquelles nous aurons la mission de dispenser des savoirs, des savoir-faire, des savoir-être et peut-être aussi, par le développement de compétences transversales variées et multidisciplinaires, des savoir-vivre au travail et dans la société en général ? Dans quels domaines rencontre-t-on des difficultés ?
Ces difficultés un peu nouvelles depuis la fin des années 70 sont de plusieurs ordres mais toujours un peu de même nature : - L'attention est de plus en plus fugace : écouter autrui ou regarder avec attention ainsi qu'observer avec minutie sont devenues des "corvées" pour les enfants d'aujourd'hui. La capacité de concentration sur une même tâche ne dépasse guère 15 mn pour un grand nombre. - La capacité de se conformer à une règle rigoureuse, tant pour la prise de parole que pour l'ordre de déroulement d'un travail d'après un protocole semblent être pour eux des "calvaires" et des signes d'intolérance notoires vis à vis d'eux mêmes. - La capacité à rester dans le sujet lors d'une discussion ou d'un débat est sujette à caution. Il y a effet de "papillonnage" ou tendance à "sauter du coq à l'âne".
- La possibilité de mobiliser sa mémoire immédiate pour retenir l'essentiel : trame, personnages, actions spécifiques se réduisent à une peau de chagrin.(Que les indices éclairants soient d'ailleurs fournis par l'image, le commentaire, les dialogues ou la musique.) - La faculté de s'exprimer avec cohérence sur le sujet qui vient d'être traité s'amenuise d'année en année car de nouveaux mots vides, creux et assez peu polyvalents tout compte fait remplacent le vocabulaire que l'image télévisuelle ne fournit pas:(Super, génial, extra, géant, monstre bien, joli, nul, etc- Le manque de rigueur et d'organisation est devenu patent dans une tâche qui nécessite un minimum de logique, d'ordre et de sens du calcul[2]. - L'invention ou la création de jeux nouveaux en récréation est devenue d'une pauvreté affligeante. Pensez donc, il n'y a pas de kiosque ni de super marché pour leur en proposer à la récré !
- Le goût et le sens de l'effort sont devenus des idées oubliées, d'une autre époque, à tel point que si vous essayer de stimuler ses possibilités, on vous regarde comme un Martien. - La tenue du scripteur est devenue d'une telle fantaisie que je ne vois pas deux enfants qui ont la même prise "pince entre les trois doigts" dans un groupe classe de 25 élèves. Quant au déroulement de l'écriture cursive, il est le plus souvent aberrant, anarchique et inconfortable. En tout cas, il ne respecte pas les règles incontournables. Et en CM2, déjà, il est trop tard pour y remédier... Là encore, trop de liberté à l'enfant roi !
En somme, les enfants sont aujourd'hui, globalement, beaucoup trop sollicités par des informations diverses qui ne les concernent pas, qui les perturbent parfois et qui ne leur laissent plus assez de place pour une disponibilité d'esprit propre à mettre en place chez eux des réseaux de neurones nombreux mais bien structurés, mobilisant les zones frontales du cortex et qui nécessitent des effort personnels. La stabilisation sélective des assemblées neuronales propres à une, des tâches spécifiques ne peut se produire que si les neurones concernés sont activés par des efforts personnels de l'enfant. Et pour que ces réseaux spécialisés puissent s'interconnecter, il ne faut ABSOLUMENT pas compter sur la télévision qui constitue une "activité" réservée essentiellement aux aires occipitales du cerveau, les aires visuelles.
Le retour à l'écrit s'impose alors pour tous ceux qui veulent que les élèves retrouvent une capacité à analyser, à raisonner, à questionner les mots, à se réapproprier l'orthographe etcÉ Notre civilisation est encore celle de l'écrit, à bien des égards. Il ne faut surtout pas l'oublier...
[1] C'est à dire de bien formater les jeunes qui sont les futurs consommateurs de demain...
[2] Calcul au sens de prévision mais aussi de calcul numérique.
Bonne soirée !