Honte à tous les pays qui se disent démocratiques mais qui continuent de s'abaisser au milieu de cette farce internationale !http://www.menapress.orgDroits de l’Homme : Israël claque la porte 27/03/12. Par Bernardo Stenhof © Metula News Agency
Trop c’est trop, Israël a le droit de ne plus vouloir jouer le rôle de punching-ball diplomatique du monde entier. Ce, particulièrement, après les paroles offensantes de la baronne Catherine Ashton, plaçant à la même enseigne l’assassinat ordurier de Toulouse et le sort des Palestiniens de Gaza.
Nombre de diplomates se demandent comment il se fait qu’il soit toujours si facile de sortir des fonds européens des coffres afin de soutenir, inconditionnellement, la cause palestinienne, tandis que l’UE éprouve tant de difficultés à aider les pays de la communauté les plus atteints par la crise.
Mais ce n’est pas là le sujet de mon article de ce jour, car, ces dernières semaines, se tenait la réunion du Conseil des Droits de l’Homme, ici, à Genève. A l’issue de cette session, je me demande, une fois de plus, s’il n’y a pas lieu de scinder l’ONU en deux organismes distincts. L’un serait financé et géré par les pays arabes à leur guise ; ils s’y retrouveraient avec ceux qui votent automatiquement de la même manière qu’eux dans les institutions internationales.
Une autre organisation regrouperait les pays dits démocratiques et les Etats développés. Pourquoi une telle proposition ? Lorsque nous siégeons au Conseil des Droits de l’Homme, au lieu de nous occuper à améliorer la condition des êtres humains là où ils vivent sur la planète, nous assistons, à longueur de journée – quelle perte d’énergie ! –, aux transactions visant exclusivement à tenter d’infléchir les positions des groupes non-démocratiques ou antidémocratiques. On couvre alors de cadeaux un diplomate que l’on courtise, qui accepte volontiers les offrandes qui lui sont faites, et qui ne les rendra pas. Il fera éventuellement un pas de souris dans votre direction, mais, en fin de journée, au moment où se déroulent habituellement les mises aux voix, il vous laissera sur votre faim et sur votre céans.
Les Etats agissant systématiquement de concert avec le vote arabe constituent, avec lesdits, un véritable bloc opposé à tout ce qui pourrait contribuer à faire avancer les concepts de progrès et de paix dans le monde. Il faudra également s’interroger pour décider à laquelle des deux nouvelles ONU il faudra rattacher la Russie et la Chine ; des superpuissances incapables de se débarrasser de leurs réflexes de la Guerre Froide, et qui continuent à s’opposer, avec Cuba, par principe ou par habitude, à tout ce qui pourrait créer l’espoir de la solution d’un problème.
Ces Etats s’évertuent à soutenir des causes perdues et oubliées, mus par une loyauté à je ne sais quoi – mais eux non plus ! – issues d’un temps largement révolu. Quand les représentants de ces Etats s’expriment à la tribune, les gestes d’impatience des collègues des pays démocratiques fusent des rangs. Les ambassadeurs ou les premiers secrétaires débitent leurs discours au micro, tels des membres d’une secte récitant leur texte, sans se préoccuper d’aucune manière de la réaction des autres.
Avant d’en venir au sujet principal de ce papier, j’ajoute quelque chose qui, je pense, vaut la peine de retarder mon message principal. Comme vous le savez probablement tous, la presse, en général, n’a cessé de déverser, depuis de nombreuses années, mensonges, critiques et aberrations de toutes sortes sur Israël. Or, à force de taper sur le clou, même avec un mauvais marteau, on finit par l’enfoncer. Or je n’ai rencontré pratiquement aucun collègue diplomate qui concevait une attitude authentiquement hostile à l’égard de l’Etat hébreu. Au contraire, la majorité des confrères expriment en privé une sorte d’admiration pour ce pays, dans lequel un chef d’Etat peut être destitué, puis envoyé en prison par un juge arabe israélien. C’est fort, pour un pays qui pratique « l’apartheid », comme cela est annoncé, à intervalles réguliers, depuis la tribune de cette assemblée.
Reste que les diplomates s’expriment suivant des règles que la société commune ignore ; par exemple, lorsqu’ils se sont laissé embarquer à autoriser sans réagir l’adoption d’une résolution anti-israélienne, afin de diluer cette erreur ou leur impotence, les ambassadeurs préfèrent placer les camps antagonistes dos à dos. Le raisonnement est simpliste : s’il existe des terroristes islamistes, il y en a forcement aussi parmi les Juifs. Pas la peine de vérifier. Et puis, qu’est-ce que ça peut bien leur faire, une injustice de plus ou de moins à l’encontre de Jérusalem ? Il n’est que dans les fables animalières que les éléphants ont peur des souris.
Encore est-ce là le mode opératoire des représentants d’Etats occidentaux, car les autres ne se donnent même pas cette peine ; pour eux, Israël ne peut être comparé qu’à une maladie grave. Il n’est donc pas nécessaire, pour ces autres, de feindre la recherche d’une bonne conscience, pas plus que d’expliquer leur choix, toujours basé sur une notion d’égalité en tout point frelatée. Au Conseil des Droits de l’Homme, s’il est un sujet qui fait l’unanimité compacte et homogène des 47 pays, c’est bien la discussion autour du « droit des Palestiniens à l’autodétermination ».
Lorsque ce sujet – un grand classique – est abordé, on ne compte aucune abstention, même de la part de pays non-hostiles à Israël, hormis les Etats-Unis, qui trouvent encore le courage de voter contre. Sur tous les autres sujets sans exception, le résultat des votes est plus nuancé ; à propos de la « situation des Droits de l’Homme dans la République Arabe Syrienne », il s’est tout de même trouvé deux capitales pour s’abstenir, et trois, et non des moindres, pour s’opposer à la résolution. C’est plus que sur le sujet de « la situation des Droits de l’Homme dans les territoires palestiniens occupés incluant Jérusalem-est », sur lequel seul le Cameroun et le Guatemala se sont abstenus, et les USA ont encore voté « non ».
Pour la proposition visant à la création d’une commission d’enquête sur « les implantations israéliennes sur les territoires palestiniens occupés incluant Jérusalem-est et le Golan syrien occupé », le résultat du vote fut un brin plus nuancé. Le « oui » a recueilli 36 doigts levés, y compris de pays de l’Union européenne, ainsi que ceux de l’Autriche, de la Belgique, de la Norvège et de la Suisse. Et dix pays se sont abstenus : le Cameroun, le Costa Rica, la République Tchèque, le Guatemala, la Hongrie, l’Italie, la Pologne, la Moldavie, la Roumanie et l’Espagne.
Et toujours une seule opposition, celle de Washington. Durant la discussion sur la situation en Syrie, l’ambassadeur des al-Assad est, bien entendu, venu faire son show. Toute l’assemblée n’a pu s’empêcher de sourire lorsqu’il s’est lancé dans ses diatribes don-quichottiennes, contre des moulins à vent, le plus souvent inhabités. Une fois sa performance terminée, il a repris sa place pour attendre le verdict des votes, dont le résultat était connu d’avance. Le lendemain, en dépit de l’intervention-bouclier de ses alliés russes et chinois, le diplomate de la dictature damascène sera vertement pris à partie. Une fois son speech débité – car il jouit d’un droit de réponse –, il se lèvera théâtralement de sa place et sortira de la salle du Conseil, le regard figé, ne regardant personne.
Hier, alors que j’avais rendez-vous dans une ambassade, je tombai, devant le bâtiment, sur l’ambassadeur d’Israël, qui m’y avait précédé. Celui-ci me fit connaître la décision de son gouvernement de refuser, à l’avenir, toute discussion ou relation bilatérale avec le Conseil des Droits de l’Homme. Le confrère tint toutefois à me préciser qu’aucune décision relative à une rupture complète n’avait été prise par le ministère des Affaires Etrangères à Jérusalem. La présidente du Conseil s’est fendue d’un commentaire, regrettant cette décision ; elle a toutefois conseillé à l’Etat hébreu de coopérer avec la commission d’enquête prévue, qui doit se rendre à Jérusalem, en Cisjordanie, et dans le Golan.
Rien n’est moins sûr. Il y a même fort à parier que c’est le vote sur la formation de cette commission, ainsi que la énième traîtrise des pays démocratiques, qui ont poussé les Israéliens à geler les relations avec cette assemblée de guignols, dont je fais malheureusement partie. Ils n’y perdront toutefois pas grand-chose, car des résolutions votées par le Soudan, le Yémen, la Somalie, l’Arabie Saoudite, la Syrie et l’Iran, sur le sujet des Droits de l’Homme, participent d’une véritable plaisanterie. Sauf pour les populations de ces pays, s’entend. S’il se retire de ce Conseil, mon ami l’ambassadeur de Jérusalem n’aura plus à subir de présidents, issus de dictatures sanguinaires, en train de donner des leçons de morale et de comportement à des Etats démocratiques. La chance !
De plus, les décisions du Conseil des Droits de l’Homme ne sont pas exécutoires. Aucune force au monde ne peut obliger un pays à se plier à ce qu’il décide. Pour un Etat se trouvant en minorité automatique sur quelque sujet que ce soit, à l’instar d’Israël, et devant l’absence retentissante de la moindre esquisse de vérité, d’entente ou de progrès de la part des délégations, je pense que les Hébreux n’ont rien à retirer d’une présence au sein de cet organisme ridicule. Ou alors, et ça ne serait pas plus mal, ils pourraient y envoyer un diplomate de troisième zone – s’ils en trouvent un, car la plupart des envoyés israéliens sont clairs et excellents – simplement pour savoir ce qu’il s’y dit, et pour ne pas rompre, symboliquement, avec une institution onusienne. Rien ne les empêche d’agir de la sorte.
J’étais présent lors de la présentation du rapport Goldstone, qui ne valait rien, car le juge s’était laissé berner par les parties intéressées, qui s’étaient servies de lui. Bien entendu, la discussion aboutit à la condamnation d’Israël. J’ignore l’implication financière de cette enquête fumeuse, mais elle a dû coûter à la communauté des nations une grosse somme d’argent. Les fonds dépensés auraient sans aucun doute été plus utiles ailleurs, notamment, pour améliorer le sort de la majorité des êtres humains de cette planète, qui continuent de souffrir de tortures, de privations de leurs droits fondamentaux, et de mauvais traitements.
Plus tard, il s’est avéré que les conclusions du rapport Goldstone étaient controuvées. Le principal concerné, le juge sud-africain lui-même, dut reconnaître son erreur. Mais le Conseil des Droits de l’Homme ne considéra pas qu’il fût souhaitable de reprendre la discussion et de modifier ses conclusions, en accord avec les nouveaux éléments portés au dossier. De toute façon, la même majorité automatique aurait à nouveau condamné Israël, même si elle eût été parfaitement consciente que les résultats du rapport Goldstone ne correspondaient pas à la réalité de Gaza.
Il existe un autre risque planant sur le Conseil des Droits de l’Homme, ou plutôt, à mes yeux, un espoir ; celui de voir les nations civilisées, respectant les droits de l’individu, imiter Israël, soit en abaissant leur représentation au minimum, soit en quittant, simplement, cette institution inutile. Une institution qui, à la place de combattre les régimes maltraitant leurs citoyens, leur offre une estrade, qu’ils utilisent afin de critiquer les Etats qui respectent les leurs. En privé, nombre d’ambassadeurs de pays éclairés applaudissent la décision israélienne et préconisent de lui emboîter le pas. Cela permettrait, disent-ils, de réaliser de sérieuses économies au niveau de l’entretien des délégations et des coûts de fonctionnement de l’institution.
Quant à moi, depuis le vote sur le rapport Goldstone, je ne décolère plus. J’en veux aux Européens, qui, visiblement, n’ont pas assimilé la dynamique absurde qui règne dans ce Conseil. Des Européens et d’autres Etats civilisés qui votent la peur au ventre. Mais la peur de quoi, au fait ?