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 Sujet du message: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 13 Aoû 2009, 00:23 
River
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Inscrit le: 02 Juin 2005, 23:02
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J'ai appris aujourd'hui avec une grande tristesse le décès de Thierry Jonquet à seulement 55 ans :( , un des rares auteurs de polars à ne pas faire dans le politically correct. Lire en particulier, si vous ne l'avez pas fait : Jours tranquilles à Belleville et le dernier de ses romans: « Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte ».

http://bibliobs.nouvelobs.com/20090810/14134/jonquet-face-aux-nouveaux-fascistes

Jonquet face aux nouveaux fascistes
Par Pierre Jourde (Écrivain)

Le dernier roman, très noir, de l'auteur de «Moloch»

Des juifs persécutés, des lycéens lynchés, des jeunes filles brûlées : le dernier polar de Thierry Jonquet, mort ce 9 août 2009 à l'âge de 55 ans, se situait aux portes de Paris. Pierre Jourde l'avait lu pour l'Obs

Rares sont les romanciers français qui se confrontent aux problèmes sociaux les plus brûlants. Houellebecq, François Bon, quelques autres. Ce terrain quasi à l'abandon, un genre populaire comme le policier l'occupe. Le roman de Thierry Jonquet, « Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte », s'attaque frontalement au problème des banlieues. C'est un livre terrifiant.

Il se déroule dans un collège « difficile » d'une cité de la périphérie nord-est de Paris, pendant les émeutes de l'automne 2005. Une jeune femme, d'origine juive, plutôt à gauche, bref, une enseignante ordinaire, y obtient sa première affectation. Elle découvre la misère noire des écoles de banlieue, l'impossibilité de faire cours, les adolescents à l'abandon, l'analphabétisme, les ravages de la sous-culture diffusée par la télévision et les magazines people. Elle découvre la terreur quotidienne, et aussi la compassion.

Elle découvre l'agonie des banlieues rouges, devenues des enclaves dans lesquelles la loi islamique se substitue à la loi républicaine, les petits truands locaux se partageant le territoire, l'antisémitisme banalisé, l'oppression des femmes. Elle découvre les habitants des cités humiliés, insultés, soumis à la tyrannie de quelques «jeunes». Contre tout cela, un système éducatif en ruines ne peut plus rien, ou presque rien.

Au moment où l'on menace de mort un professeur qui critique l'islam, Thierry Jonquet prend des risques. Le moindre étant de se faire traiter de raciste ou de réactionnaire par les professionnels du prêt-à-penser, par ceux qui préfèrent l'idéologie à la réalité. Ils auront leur responsabilité dans les désastres à venir. Jonquet montre, sans manichéisme, la naissance d'un nouveau fascisme. Car il ne faut pas s'y tromper : c'est bien un fascisme, sous une forme inédite, qui se fabrique dans nos banlieues. Un fascisme sauce islamiste. Certes, ce fascisme-là diffère de l'ancien dans la mesure où il recrute dans les populations issues de l'immigration. Mais tous deux ont en commun la barbarie, la politique de la terreur, la haine des femmes et des minorités sexuelles, la haine de la science, la haine de la République et de la démocratie, le racisme, l'antisémitisme, le négationnisme. L'un passe à l'autre les «Protocoles des sages de Sion».

Les tyrans recrutent classiquement leurs hommes de main chez les déclassés et les petits truands. Avec des victimes, ils fabriquent des machines à faire des victimes. Jonquet cite à propos un texte de Marx condamnant à l'échec les révolutionnaires qui s'appuieront sur la «racaille du lumpenproletariat». C'est notre lumpenproletariat qui persécute les juifs, lynche les lycéens, brûle les jeunes filles, lapide les pompiers, chasse les médecins et incendie les écoles. Il faut souhaiter que les SA de demain ne soient pas déjà nés dans nos banlieues. Jonquet nous montre notre cauchemar. Il est là, il est en train de devenir notre monde.

P.J.

«Ils sont votre épouvante, et vous êtes leur crainte»,
par Thierry Jonquet, Seuil «Roman noir», 340 p., 18 euros.
Image

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La politique fut d'abord l'art d'empêcher les gens de se mêler de ce qui les regarde. A une époque suivante, on y adjoignit l'art de contraindre les gens à décider sur ce qu'ils n'entendent pas. Paul Valéry.


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 Sujet du message: Re: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 13 Aoû 2009, 01:40 
River
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Inscrit le: 02 Juin 2005, 23:02
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Hommage du Monde. C'est très positif mais franchement tendancieux, Birenbaum prend bien soin de ne pas parler de ce qui l'ennuie, en particulier, jours tranquilles à Belleville... :sif:

http://www.lemonde.fr/carnet/article/2009/08/12/thierry-jonquet-figure-emblematique-du-neo-polar-francais_1227929_3382.html#ens_id=1227398

Thierry Jonquet, figure emblématique du "néo-polar" français
LE MONDE | 12.08.09 | 15h34 • Mis à jour le 12.08.09 | 15h34 Jean Birnbaum

Thierry Jonquet, ancien militant révolutionnaire et figure emblématique du "néo-polar" français, est mort, dimanche 9 août, à l'hôpital de La Salpêtrière (Paris), d'un arrêt cardiaque. Il avait 55 ans. Avant d'être écrivain, Jonquet était un authentique révolté. Un homme à la sensibilité extrême. Un enthousiaste, dont le regard disait la douceur teigneuse, l'impitoyable générosité.

Adolescent, Thierry Jonquet s'était engagé sur la voie d'une politique radicale. Il y avait rencontré les deux questions qui balisent l'histoire de la gauche : celle d'une espérance potentiellement émancipatrice, et celle d'une violence supposément libératrice. Des années durant, il avait arpenté ce périlleux sentier. Au bout du chemin, un constat s'était imposé à lui : à l'horizon, le soleil rouge de l'espérance avait disparu ; seule demeurait une violence noire. Regarder la violence en face, lui tenir tête, la prendre en charge, même, afin de la domestiquer : telle est la tâche que Thierry Jonquet allait fixer au polar.

Mais ne brûlons pas les étapes. A l'origine de cet itinéraire, il y a l'espoir. Né en 1954 dans une famille de tradition communiste, le jeune Jonquet s'éveille très tôt à la conscience politique. Dans la bibliothèque du 11e arrondissement, d'abord, où il dévore tout ce qui lui tombe sous la main. Au cinéma, ensuite, où l'emmènent souvent ses parents : "C'est là qu'ont émergé mes interrogations sur le monde, confiait-il en 2002. J'étais bluffé par les grands films hollywoodiens de l'époque, Le Jour le plus long ou La Grande Evasion."Dans les colonies de vacances de la CGT, enfin, où l'envoie son père, mécano à la RATP : "Vous êtes les enfants de la classe ouvrière !", y martèlent les gentils organisateurs du syndicat.

Ainsi, à la fin des années 1960, l'élève du lycée Charlemagne avait toutes les prédispositions pour devenir "un parfait petit stalinien", selon une formule que Thierry Jonquet prononçait avec un sourire narquois. C'est là qu'intervient la première grande déception : dans le mouvement contre la guerre du Vietnam comme dans le soulèvement de Mai 68, le lycéen trouve le Parti communiste français trop prudent. Il observe, perplexe, l'attitude des jeunes communistes : "Ils passaient leur temps dans la cour à expliquer qu'il fallait rentrer chez soi, se souvenait-il, au micro de France Culture, en 2002. Dans la foulée, il y a eu l'intervention soviétique à Prague. Alors là, dans ma petite tête, je me suis dit : bon, ces gens-là sont des traîtres."

GRIMACES DOCTRINALES

Disponible, impatient, le fils du peuple part à la recherche d'une autre forme d'engagement. Il discute avec des militants de diverses tendances, jusqu'au jour où l'un de ses amis, membre de Lutte ouvrière (LO), lui met l'autobiographie de Trotski, Ma Vie, entre les mains. C'est la révélation : "Un livre fondamental, une histoire du siècle implacable, qui m'apportaient des réponses cohérentes, témoignait-il encore. Et voilà comment, en 1968-1969, je me suis retrouvé à LO, lisant les bouquins de Marx et des dizaines de romans. Devenir trotskiste à 14-15 ans, à l'époque, ça n'avait rien de farfelu..."

Commence alors une période de mobilisation permanente, que Thierry Jonquet évoquera plus tard dans son seul roman d'amour, Rouge c'est la vie. Il y retrace le parcours initiatique de Victor, petit bonhomme de 14 ans, et sa rencontre avec une jolie blonde qui devient bientôt la camarade d'une vie : Léa, militante de l'extrême gauche sioniste.

Dans ce livre indispensable, l'écrivain noue les deux grands engagements de son existence : l'aventure révolutionnaire et le compagnonnage avec sa femme. De ces deux passions, seule la seconde n'a jamais faibli. La première, elle, s'est dénouée lorsque Thierry Jonquet n'a plus supporté la discipline physique et les grimaces doctrinales imposées par les chefs de son organisation, autant de simagrées dépeintes sur le mode burlesque dans Rouge c'est la vie.

C'est l'heure du grand tournant. Dans un premier temps, certes, le militant quitte LO pour rejoindre la Ligue communiste révolutionnaire (LCR). Mais le coeur n'y est plus vraiment. Après des années d'activisme, l'étudiant fait un retour sur lui-même. En 1976, à 22 ans, il obtient un diplôme d'ergothérapeute et entre comme stagiaire à l'Institut national de rééducation. Le premier jour, un enfant atteint d'une malformation le regarde droit dans les yeux et lui demande : "Je suis jeune je n'ai pas encore de bras. Tu penses qu'un jour ça va pousser ?"

Le choc est décisif. Pendant les années rouges, Jonquet avait voulu sauver l'Humanité majuscule. Désormais, il voudrait soulager, un à un, chaque corps ordinaire. La révolte demeure intacte, le désir de la manifester aussi. Simplement, elle exige désormais une autre forme d'expression. Ce sera la littérature. Et là encore, c'est un ami qui montre la voie, quand il fait découvrir à Jonquet les territoires du roman policier, à commencer par les auteurs de la fameuse "Série noire", chez Gallimard : Peter Loughran, Jim Thompson, Chester Himes, Joseph Bialot, Jean Amila et bien sûr Jean-Patrick Manchette.

Dans le sillage de ce dernier, Thierry Jonquet prend à son tour la plume, s'inscrivant dans un courant qu'on allait bientôt nommer le "néo-polar". Souvent issus du gauchisme soixante-huitard, les auteurs de cette tendance réinvestissent dans l'écriture leur sens critique et leur propre expérience de la violence : "Le militantisme, ça donne un regard acéré sur la société, confiait Jonquet en 2006. On avait tous beaucoup réfléchi à cette question fon damentale aussi bien pour ma génération que pour le roman noir en général : celle de la violence."

A la manière dont ses camarades révolutionnaires avaient enquêté sur le terrain, dans les champs ou à l'usine, pour trouver la matière de leurs articles de presse, Jonquet nourrit ses textes en conjuguant son vécu intime et un fervent travail de documentation, découpant coupures de presse et petites annonces, interrogeant tel médecin ou tel juge d'instruction... Pour son premier roman, Le Bal des débris (publié seulement en 1984, au Fleuve noir), il s'inspire, par exemple, de sa pratique thérapeutique dans un service de gériatrie.

Mutilation, détresse, fureur : telles sont les coordonnées de l'univers propre à Thierry Jonquet, depuis Mémoire en cage, son premier texte publié dans la prestigieuse collection "Sanguine" (Albin Michel), jusqu'à Ad vitam aeternam (Seuil, 2002), où amateurs de piercing et cambrioleurs sadiques côtoient des survivants de Tchernobyl.

PROSE SUFFOCANTE

Livre après livre, cet insoumis a redéployé sa colère dans une prose suffocante, clivée entre rage et dégoût. Depuis sa cité de Belleville, à Paris, il a fait imploser les codes du roman policier, puisant volontiers dans le registre du fantastique. Surtout, il a mis au point un art d'orchestrer la spirale des vengeances meurtrières, le ballet des postures ignobles : corps violés, otages suppliciés...

Thierry Jonquet n'en finissait plus d'endurer le poids de ses désillusions. Comme si cette amertume avait pris le dessus, ses derniers textes fustigent l'hypocrisie de la gauche progressiste, exhibant ses points aveugles, ses non-dits : Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte (Seuil), son ultime roman, mobilise l'actualité la plus sordide (de l'affaire Dieudonné à l'assassinat d'Ilan Halimi), pour bâtir une méditation apocalyptique sur notre société.

Certains l'ont accusé d'avoir tourné "néo-réac". D'autres ont salué le courage d'un homme en rupture avec l'"angélisme" antiraciste. Au coeur de ce livre, on trouve une fois de plus un corps abîmé, celui d'un jeune à la main paralysée, un personnage d'handicapé et de bourreau. Une figure de méchant, oui, mais un frère de malheur aussi : à l'instar de son anti-héros, le dernier Jonquet se vivait comme un estropié de l'espérance.

1954 : Naissance à Paris
1968 : Rencontre les trotskistes de Lutte ouvrière
1976 : Obtient son diplôme d'ergothérapeute
1982 : Parution de son premier roman, "Mémoire en cage" (Albin Michel)
1985 : Parution de "La Bête et la Belle", qui porte le numéro 2000 de la "Série noire" (Gallimard)
1998 : Parution de "Rouge c'est la vie" (Seuil)
2006 : Parution de son dernier roman, "Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte" (Seuil)
9 août 2009 : Mort à Paris

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 Sujet du message: Re: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 13 Aoû 2009, 03:28 
River
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Inscrit le: 02 Juin 2005, 23:02
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http://www.causeur.fr/thierry-jonquet-rattrape-par-le-moloch,2823

Thierry Jonquet rattrapé par le Moloch
Jérôme Leroy & Marc Cohen. 12 août 2009

Rouge, c’est la vie, et parfois noire aussi

Il semblerait que les auteurs de romans noirs meurent jeunes, ces temps-ci et notamment ceux pratiquant la littérature de combat. Après ADG, après Fajardie, c’est au tour de Thierry Jonquet, à 55 ans, de se faire rattraper par le Moloch, cette monstrueuse figure qui avait donné son titre à l’un de ses plus grands romans.

Moloch, comme le dieu cruel qui réclame des sacrifices humains à l’image de nos sociétés de marché que Jonquet, militant pendant de longues années à “Lutte ouvrière” puis à la “Ligue”, avant qu’elle ne devienne le NPA, cette annexe médiatique de la contestation boboïsée, avait décidé d’explorer avec cette froideur méthodique et discrètement désespérée qui fait les grands écrivains réalistes.

Pour en savoir plus sur l’engagement politique tel que le concevait Jonquet, on pourra lire le beau roman d’apprentissage, Rouge, c’est la vie qu’il a consacré à cette période où la fraternité révolutionnaire était une fête qui sentait bon la clandestinité, l’amitié et l’espoir. Son antistalinisme un rien rabique1 de trotskyste l’amena aussi, au début de sa carrière de romancier, sous le pseudonyme de Ramon Mercader, à écrire Du passé faisons table rase, un roman à clef sur la résistible ascension d’un secrétaire général du PCF et qui se révèle un passionnant whodunit dans les travées du comité central.

Mais l’essentiel de l’œuvre de Jonquet est ailleurs. Ayant travaillé pendant des années comme ergothérapeute en gériatrie et en psychiatrie avant de devenir instituteur spécialisé, il a exploré in vivo les détresses, les folies et les pathologies meurtrières et apporté des thèmes tout à fait nouveaux au roman noir, par exemple avec Mygale où un père venge sa fille violée en séquestrant le coupable et en le transformant en femme par des injections d’hormones, ou encore dans La belle et la bête, réécriture achélémienne du conte de Perrault avec un inoubliable personnage de vieux conservant ses ordures dans son appartement2.

Cette manière de jouer avec le réalisme fantastique trouvera son sommet dans Ad vitam aeternam, un de ses premiers gros succès de librairie. Thierry Jonquet savait néanmoins parfaitement maîtriser les codes du genre et son diptyque, Les Orpailleurs suivi de Moloch, où l’on retrouve les mêmes personnages de flics et de juges, forme une saga unanimiste, à la Mc Bain, qui restera une référence quand on voudra se documenter sur la France des années 1990. De même, Thierry Jonquet est-il, à notre connaissance, le seul écrivain dans Mon vieux à avoir abordé la canicule de 2003 pour ce qu’elle était réellement : le fiasco d’un Etat-providence mis à genoux doublé d’un phénomène pré-apocalyptique.

Thierry Jonquet savait que le métier d’auteur noir comporte des risques, notamment celui de choquer les bonnes consciences en apportant de mauvaises nouvelles, simplement parce qu’on décrit ce qui se passe, ce qui se passe vraiment. Ainsi, n’ayant jamais sombré dans le polar de divertissement anxiolytique ou le catéchisme de la gauche tendance angélique, il avait publié un roman dont le titre emprunté à un vers de Victor Hugo, Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte3 décrivait le quotidien d’une enseignante débutante dans une zone sensible en proie aux pulsions communautaristes.

Ecrire que les opprimés pouvaient se conduire comme des salauds, voilà qui n’a évidemment pas plu à tout le monde. Pour certains, Karl Marx n’est qu’un barbu altermondialiste sympa grâce auquel on fait des beaux T-shirts, pour d’autres, comme Jonquet – et nous-mêmes –, la leçon de “La lutte des classes en France” n’est pas de celles qu’on n’oublie : oui, c’est bien le lumpenprolétarariat marionnettisé par les dominants qui a noyé dans le sang la tentative de révolution ouvrière en juin 1848.

Jonquet a su faire preuve du même refus du simplisme sur un autre dossier plus que chaud (mais est-ce vraiment un autre dossier…), le conflit israélo-arabe. Là encore, il a désespéré nombre de ses anciens camarades, ceux pour qui l’ostension d’un keffieh tient lieu d’analyse globale. Et quand, notamment aux côtés de “La Paix Maintenant”, il militait pour une paix juste au Proche Orient, c’est bel est bien d’une vraie paix, donc vraiment juste pour les deux camps qu’il parlait. Sa première prise de conscience politique lui est venue en découvrant la Shoah : il en parlera très explicitement dans les Orpailleurs mais de fait il en parlera toujours.

Ce devoir de déplaire, voire de tirer contre son propre camp dans une tradition toute bernanosienne, Jonquet l’avait assumé jusqu’au bout. C’est pour cela qu’il lui arrivera ce qui arrive assez peu souvent aux écrivains «de genre» ou aux écrivains tout court, d’ailleurs : être relus.

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 Sujet du message: Re: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 13 Aoû 2009, 14:19 
Africanus Rex
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Inscrit le: 02 Avr 2006, 20:23
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Face à l'Islam il n'y a plus ni droite ni gauche mais la lucidité, une lucidité réelle chez Thierry Jonquet pourtant homme de gauche.

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VIS ET HONOR
-Ne pas subir
-Frapper l'ennemi c'est bien. Frapper l'imagination c'est mieux (deux maximes attribuées au Maréchal de Lattre de Tassigny)


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 Sujet du message: Re: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 13 Aoû 2009, 16:53 
River
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Inscrit le: 02 Juin 2005, 23:02
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Jonquet n'était plus de gauche au sens actuel du terme. Je pense qu'il persévérait à se nommer comme tel pour des tas de raisons, en particulier ne pas se faire boycotter du milieu éditorial et en particulier de celui du polar, squatté par l'extrême-gauche.

Sa description de la racaille et des méfaits communautaristes de l'immigration dans "Jours tranquilles à Belleville" et de la racaille de banlieue dans son dernier roman en est une preuve pour qui sait lire. Pierre Jourde ne s'y trompe pas, j'ai aussi lu ces romans. Il avait encore certaines positions qui me faisaient grincer des dents mais il faisait un tel travail de description de la racaillisation et de l'islamisation que je ne lui en tenais pas grief. Il disait lui même montrer le réel que cette foutue gauche ne veut pas voir (la droite affairiste,elle, la voit très bien mais business is business :tetmu: ).

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 Sujet du message: Re: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 13 Aoû 2009, 21:07 
BBCodeur Islamentable
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Inscrit le: 18 Jan 2008, 23:34
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Je ne connaissais pas cet auteur :oops: :oops: Mais je vais très bientôt combler mes lacunes :mrgreen: Par contre, si quelqu'un pouvait publier la liste de ses œuvres dans l'ordre chronologique ça ma faciliterait grandement la tâche 8)

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"Se contenter de croire nous évite la pénible nécessité de penser" Issac Assimov.


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 Sujet du message: Re: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 13 Aoû 2009, 23:13 
River
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Sur son site:

http://thierry.jonquet.free.fr/bibliographie.php?orderby=choix_an1.inc.php

Année Titre Réédition

2006 Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte

2004 Mon vieux

2002 Ad Vitam Aeternam

2001 Votre histoire ne tient pas la route
2001 Ma puce
2001 La Vigie (adaptation)

2000 Hambourg, premier amour
2000 Famille Zonzon : La grand-mère
2000 Coffret n°2
2000 Vingt-cinq

1999 C'est toujours les p'tits qui trinquent
1999 Abel dans les tunnels

1998 Coffret n°1
1998 Vigie et autres nouvelles (la)
1998 Rouge c'est la vie 1999
1998 Moloch 2001

1997 L'Imprudent
1997 Lapoigne à la foire du trône

1996 La bataille des Buttes-Chaumont 1998
1996 La Vigie 1998
1996 La colère d'Adolphe 1998
1996 Natalya 1998
1996 Banlieue des quatre dimanches (la)

1995 Le Témoin 1998
1995 Saint-Cantan in memoriam
1995 Lapoigne à la chasse aux fantômes 1999

1994 Jours tranquilles à Belleville 2000
1994 Bombe humaine (la)
1994 Vie de ma mère (la) 2001
1994 Enfant de l'absente (l') 1999

1993 Lapoigne et la fiole mystérieuse 1998
1993 Orpailleurs (les) 1998
1993 Belle Zazou

1990 Enfant dans la guerre (un) 1995
1990 Quelques dimanches en bord de Marne
1990 Pourquoi demander la lune ?
1990 Pauvre nouveau est arrivé (le) 1998
1990 On a volé le Nkoro-nkoro 1997
1990 Trente-sept annuité et demie 1998

1989 Sommeil
1989 Paolo Solo 1999

1988 Les gars du 16 1998
1988 Lapoigne et l'ogre du métro 1997
1988 Comedia 1999

1987 That's Entertainment 1998

1986 Manoir des immortelles (le) 2000
1986 Secret du Rabbin (le) 2001

1985 URSS go home
1985 Automne 1998
1985 Bête et la belle (la) 2000

1984 Cours moins vite camarade, le vieux monde est devant toi
1984 Bal des débris (le) 2000
1984 Sans titre
1984 Mygale 1999

1982 Du passé faisons table rase 1998
1982 Mémoire en cage 1999

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 Sujet du message: Re: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 13 Aoû 2009, 23:41 
Mouche Ahmed
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Inscrit le: 14 Nov 2006, 18:52
Messages: 1163
Triste nouvelle... :cry:

En dehors de l'incontournable "Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte", que j'ai recommandé ici lors de sa sortie, j'ai lu "moloch" et "les orpailleurs" que j'ai également appréciés (ils sont moins engagés, mais du très bon polar).

Je vais me procurer "Jours tranquilles à Belleville "...

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"La religion est le soupir de la créature accablée par le malheur, elle est le coeur d'un monde sans coeur, comme elle est l'esprit d'une époque sans esprit: elle est l'opium du peuple."


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 Sujet du message: Re: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 14 Aoû 2009, 20:39 
BBCodeur Islamentable
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Inscrit le: 18 Jan 2008, 23:34
Messages: 1160
Ben dites donc :shock: J'ai du pain sur la planche 8) merci pour ce listing :ok:

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 Sujet du message: Re: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 15 Aoû 2009, 20:55 

Inscrit le: 30 Nov 2007, 21:30
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Localisation: BRETAGNE
Pour commencer il y a MYGALE, un petit roman de 150 pages absolument terrifiant et malsain...


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 Sujet du message: Re: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 15 Aoû 2009, 21:01 

Inscrit le: 30 Nov 2007, 21:30
Messages: 194
Localisation: BRETAGNE
Et http://www.primo-europe.org vient de remettre en ligne un excellent entretien de 2003.

http://www.primo-info.eu/selection.php?numdoc=In-777238224

Entretien avec Thierry Jonquet
Liliane Messika © Primo, 11-08-2009

Cet entretien, réalisé en 2003, n'a rien perdu avec le temps. Thierry Jonquet vient de nous quitter, ce 10 août 2009, à l'âge de 55 ans. Un maître, mais aussi un observateur infatigable de notre société vient de partir. Primo perd un ami. Nous avons mené ensemble plusieurs combats, dont certains, souterrains, ont eu le résultat espéré. Lire : http://www.primo-info.eu/recherche.php?numdoc=Do-626233027

Primo : Thierry Jonquet, vous êtes l'auteur d'une vingtaine de romans, mais si votre nom vient d'être cité abondamment, c'est au cours d'une affaire assez nauséabonde. Comme dit la publicité d'une chaîne d'hypermarchés, " il y a des endroits où on n'aime pas voir son nom ". Commençons par clarifier les choses au sujet de l'affaire Delagrave et nous pourrons ensuite passer aux choses sérieuses.Pour mémoire, un manuel scolaire de Français paru à la rentrée 2003 et destiné aux élèves de CAP(1), présentait un extrait de votre livre " la vie de ma mère " qui, sorti de son contexte, pouvait s'interpréter comme des propos antisémites. L'extrait, qui offrait l'occasion d'un exercice de formation du verlan avec les mots " beur " et " feuj ", était situé juste avant une dépêche AFP sur " jour de baccalauréat en Cisjordanie occupée " avec divers exercices d'un goût, au mieux douteux, au pire carrément pousse au crime (voir notre dossier Delagrave en rubrique documents, puis éducation).


Thierry Jonquet : Ce roman a été publié il y a une dizaine d'années. C'est le récit à la première personne d'un gamin de douze ans qui baigne dans un climat raciste et antisémite et qui monologue dans sa tête pour essayer de faire le point. A la fin du livre, on comprend en fait qu'il enregistre une cassette audio destinée au juge des enfants qui lui a demandé de raconter son histoire.

Quand on lit le livre dans son intégralité, il ne peut prêter le flanc à aucune accusation. L'extrait choisi se trouve en relation avec la page suivante où il est question du conflit israélo-palestinien et où les auteurs proposent des exercices délirants...

J'ai été prof en SES, en section d'éducation spécialisée, puis au ministère de la Justice et c'était à une époque où les tensions interethniques entre Juifs et musulmans n'avaient pas atteint le paroxysme d'aujourd'hui. Je n'aurais jamais utilisé un exercice du genre de ceux proposés dans le manuel en question . Ce qui me paraît le plus grave c'est le " jeu de rôle ".

Leur faire incarner les personnages, palestiniens et israéliens en situation de guerre, cela amène les élèves à s'impliquer directement. Je n'ose imaginer ce que ça aurait donné dans la situation d'une classe à majorité maghrébine dans laquelle se seraient trouvés 2 ou 3 malheureux gamins juifs. Ça aurait conduit à leur lynchage immédiat !

Les lecteurs de Primo n'avaient de toute façon pas l'ombre d'un doute puisque dès la parution du manuel grave de chez Delagrave, nous les avions informés de votre position irréprochable vis-à-vis des valeurs de la république. Pensez-vous que les auteurs du livre, eux, avaient des arrière-pensées ?

Je ne sais pas. Il vaut mieux penser que ce sont des imbéciles plutôt que des salauds. Ils m'ont envoyé un mail en me suppliant de lire tout le livre pour apprécier son ouverture et le fait que c'est un ouvrage généreux qui essaie de faire comprendre aux élèves la complexité du monde.

Mais quand on relie ces deux extraits, celui qui parle de beurs et de feujs et celui qui invite à s'identifier aux " petits Palestiniens emprisonnés par des gardiens israéliens ", cela amène à un fort soupçon de manipulation, pas juste dû au hasard ou à la bêtise. Mais je n'irai pas plus loin. Un fort soupçon, voilà ! Ce n'est pas un type isolé, innocent ou un peu rêveur, qui a rédigé le manuel : ils sont toute une équipe, ils ont dû avoir des réunions, ils se sont concertés, ils ont l'habitude d'intervenir dans ces classes, auprès de ce public culturellement démuni et donc d'autant plus facilement manipulable...

Vous aviez, en 1998, écrit un roman largement autobiographique, " Rouge c'est la vie ", dans lequel vous racontiez votre jeunesse à la LCR, et l'engagement de votre compagne qui, à l'époque, militait dans un mouvement de jeunesse socialiste sioniste. Est-ce que vous pouvez nous parler un peu de votre parcours ?

Je suis issu d'une famille ouvrière sympathisante du PC. En1968 j'avais 14 ans, j'étais fasciné par le mouvement, et j'ai vu le PC le trahir. L'année suivante, j'ai commencé à m'intéresser à la politique et les seuls qui dénonçaient à la fois les dictatures staliniennes et la conduite des USA au Vietnam étaient les trotskystes, alors je me suis engagé à la LCR.

C'était logique et cohérent. Je l'ai quittée au moment de la guerre du Golfe. J'avais déjà beaucoup de divergences depuis longtemps, avec " la ligne du parti " et pendant la période de quelques semaines qui a précédé le début des hostilités, j'écrivais des billets d'humeur dans Rouge, le journal de la LCR, et je me suis une fois étonné du fait que, dans nos cortèges contre la guerre, il n'y avait pas un seul mot d'ordre anti-Saddam. J'en venais à me demander si on ne glissait pas vers une position strictement anti-américaine qui nous menait ipso facto au soutien disons " critique " du dictateur de Bagdad...

J'ai reçu une réponse cinglante dès la semaine suivante. Dans l'édito de Rouge, on me répondait, en gros : " nous connaissons Saddam qui est un barbare, et un assassin qui a gazé ses populations et nous ne le soutenons absolument pas. Par contre, nous soutenons les masses arabes, qui du Caire à Alger, se mobilisent contre l'impérialisme. " C'est là que j'ai envoyé ma lettre de démission, car " ne pas soutenir Saddam mais soutenir ceux qui le soutenaient " me paraissait une position pour le moins hypocrite. D'autre part, les fameuses " masses arabes qui du Caire à Alger se mobilisaient contre l'impérialisme ", étaient emmenées par les islamistes et ça me paraissait une barrière absolue.

Ce sont des gens avec qui je ne pouvais rien avoir en commun. Ce qui est drôle, (enfin... est-ce bien le mot juste ?) c'est qu'une semaine à peine avant que se déclenche l'affaire Delagrave, j'ai écrit une tribune dans Le Monde pour dénoncer la présence de Tariq Ramadan au FSE, où je rappelais à mes ex-camarades de la LCR que ce n'était pas la première fois qu'ils se faisaient prendre la main dans le sac d'une complicité objective avec les islamistes.

Quel est votre sentiment vis-à-vis des positions actuelles de l'extrême gauche ? Comment expliquez-vous qu'après les manifestations massives anti Front National de mai 2002, la totalité de l'échiquier politique se soit retrouvée, de Le Pen à Besancenot, dans un pseudo pacifisme qui prenait souvent l'aspect d'un soutien inconditionnel à un dictateur ?

J'ai refusé de mettre les pieds aux manifestations anti-guerre en Irak car je sentais bien ce qui allait venir. Tout s'est embrouillé : la guerre en Irak, les palestiniens, Bush et Sharon, et ce slogan répugnant " Busherie casher ", qui résumait le tout... Quand il y a d'un côté l'extrême gauche, qui, historiquement, a toujours soutenu les Palestiniens, et de l'autre, ces Palestiniens aujourd'hui représentés, au moins en partie, par les islamistes, on voit forcément un terrain d'entente se faire jour.

Et si les gens ne sont pas assez forts et lucides pour résister, on va vers des dérives. A mon sens, l'illustration de cette dérive, quelques mois seulement après la guerre, c'est Tariq Ramadan. Que le FSE ait accepté en son sein un tel personnage me laisse mal augurer de l'avenir : on entend maintenant des explications alambiquées selon lesquelles l'islam, même dans sa version radicale, est la religion des opprimés, et qu'il faut donc être indulgent, etc. A la LCR, on devrait être vacciné contre ce genre de dérive et je suppose qu'il y a, en interne, des débats animés.

Une féministe " historique ", Maya Surduts, a écrit une tribune sans ambiguïté dans Libé, dénonçant clairement toute l'affaire du voile et le discours réactionnaire porté par Tariq Ramadan. Au moins sur la question du féminisme, il devrait y avoir un sursaut !

Je n'arrive pas à comprendre comment l'extrême gauche arrive à s'acoquiner avec l'islamisme le plus rétrograde. C'est quand, l'année dernière j'ai vu les images télévisées des manifs qui se déroulaient à Londres, où les barbus islamistes défilaient bras dessus, bras dessous avec l'extrême gauche anglaise, que j'ai commencé à avoir peur.

Je croyais l'extrême gauche française immunisée contre ce genre de dérives, mais l'invitation de Ramadan au FSE montre que ce n'est pas le cas. Je vois bien quel est le raisonnement abstrait qui est derrière tout cela, mais je ne comprends pas comment les gens, individuellement, peuvent assumer un tel naufrage moral. Le raisonnement, en gros, c'est : le monde arabo-musulman, c'est les opprimés, donc nous, l'extrême gauche, on les soutient automatiquement.

Peu importe qui les représente.. Je le répète, c'est ce qui m'a conduit à quitter la LCR. A l'époque de la Guerre du Golfe, la position de mes camarades, c'était : " les Américains et les Anglais doivent quitter le Koweït. Ce sont des impérialistes, il faut les contraindre à partir. Et moi je leur demandais : " alors ça vous est égal qu'un dictateur comme Saddam mette la main sur le tiers des réserves mondiales de pétrole ? Que va-t-il faire de cette manne ? la redistribuer généreusement pour le bien de son peuple ? ". Et ils me répondaient " là n'est pas la question. La question c'est qu'il faut que les impérialistes s'en aillent. " C'était un dialogue de sourds, j'ai claqué la porte.

Que pensez-vous de ce sondage qui montre que 60% des Européens considèrent Israël comme le pays le plus dangereux pour la paix du monde ?

C'est tout à fait absurde d'établir une sorte de hit parade de ce genre. D'autres conflits dans le monde sont tout aussi dangereux. Depuis des mois, le conflit israélo-palestinien s'invite progressivement en France et provoque des tensions inter-communautaires, dont je ne vois pas comment on va se sortir.

Plus on en parle, plus on crée une demande pour cette information qui entraîne, chez des jeunes maghrébins pas très conscients des réalités une identification à des Palestiniens qui sont toujours présentés comme d'innocentes victimes...un véritable cercle vicieux ! Pour que tout soit clair, je précise que je suis tout à fait en accord avec les positions de Shalom Arshav, pour le droit des Palestiniens à disposer de leur état. J'ai signé des pétitions de leurs représentants en France, parmi lesquels je compte des amis.

Que pensez-vous du communiqué de presse de la LCR, où elle attribue les attentats antisémites d'Istanbul et de Gagny à " la guerre impérialiste contre l'Irak et la politique criminelle du gouvernement Sharon en Palestine " ?

C'est à mon avis une folie complète : les synagogues brûlent, et on décrète que ce n'est pas la faute des terroristes d'Al Qaida qui les ont incendiées, mais des Israéliens et des Américains. Quand les oeillères idéologiques empêchent de voir la réalité, on tombe dans le délire ! L'idéologie conduit à nier le réel. C'est navrant. On arrive à un niveau d'abstraction tel qu'il aboutit à une sorte de schéma tournant à vide sur lui même.

Cela revient à quelque chose comme : le monde arabe a été colonisé et exploité depuis si longtemps, plongé sous une domination occidentale telle qu'il se révolte aujourd'hui et que l'on se doit d'approuver peu ou prou cette révolte même si les voies qu'elle emprunte paraissent folles.

Si on accepte ce cadre, on en arrive à justifier n'importe quoi. J'ai essayé une fois d'expliquer ça à un vieux copain de la LCR en lui disant que c'était exactement comme si, au début des années 1930, on avait " excusé " le nazisme au motif que l' ascension d'Hitler résultait de la situation dans laquelle s'était trouvée l'Allemagne, après la première guerre mondiale !

Puisque c'était le Traité de Versailles qui avait creusé le terreau du nazisme en plongeant l'Allemagne dans le chaos, alors la responsabilité en revenait aux Alliés, à la France et à l'Angleterre et c'était donc elles qu'il fallait blâmer, pas les nazis ! C'est parfaitement ridicule !

Et qu'a-t-il répondu ?

Rien, il a détourné la conversation.

Un rapport de l'EUMC, (Europe Monitoring Centre on Racism & Xenophobia) montre que depuis le début de la deuxième Intifada "la propagande antijuive se traduit en Europe, et en particulier en France, par une augmentation des agressions verbales et physiques de la part de jeunes Arabes". Depuis sa création en 1998, l'EUMC avait publié trois études sur les discriminations anti-arabes en Europe. Ce rapport était le premier sur l'antisémitisme, mais il n'a pas été publié. Que pensez-vous de la tendance qui consiste à ne jamais parler d'antisémitisme en France mais toujours d'antisémitisme-et-islamophobie en un seul mot ?

C'est toujours le même phénomène. Dans ma tribune du Monde, j'avais écrit : " qui peut nier que dans les manifs anti-guerre, on a entendu des slogans du genre 'Mort aux Juifs' ? " Et j'ajoutais : " qui peut nier que nombre de beurs de nos cités ne demandent qu'à casser du feuj ? ". Ce qu'on m'a répondu dans Rouge, c'est que je présentais une sorte de phobie envers les jeunes issus de l'immigration.

Associer automatiquement l'islamophobie à l'antisémitisme découle d'un sentiment très trouble qui cherche à nier que l'antisémitisme actuel en France ne provient plus de l'extrême droite (encore qu'elle puisse se réveiller...) mais bien de certains jeunes maghrébins.

Comment diable s'en sortir pour avoir la conscience tranquille ? Eh bien, c'est enfantin, établissons un parallèle automatique entre actes antisémites et actes anti-arabes et le tour sera joué ! Match nul ! On est des antiracistes convaincus de A à Z, à qui il n'y aura rien à reprocher. CQFD ! La réalité n'a aucune prise sur ce genre de discours.

Même si les statistiques prouvent sans contredit que les actes racistes sont très majoritairement dirigés contre les Juifs, il y a toujours moyen de nier les chiffres et de dire que, justement on leur fait dire n'importe quoi. Ce qui prime, c'est d'exonérer les jeunes maghrébins qui se livrent à des actes antisémites de leurs responsabilités, puisqu'ils sont eux-mêmes des opprimés au départ. On tourne en rond. Cela n'a plus rien à voir avec la raison, tout ça ! ...

D'après vous que faudrait-il faire pour améliorer la situation de la démocratie en France ?

Vaste sujet...Je crois avant tout qu'il faut être intransigeant dans la défense de la laïcité, et dans le redressement du système scolaire, bien délabré. Il y a malheureusement une génération qu'on n'arrivera plus à récupérer. Le gamin de 25 ans qui a toujours été en échec scolaire, qui touche le RMI et arrive à survivre grâce à des petits trafics, on ne voit pas bien pourquoi il se donnerait la peine de travailler au tarif du SMIC sous les ordres d'un petit contremaître raciste !

Mais pour la génération de ceux qui les suivent, il faut tenir très fort sur les valeurs de la république parce que c'est à l'école qu'on apprend à les respecter.

Et pour en revenir à l'actualité, le voile à l'école, c'est niet. Point final. Parce que si on capitule sur le voile, on verra ensuite le refus des cours de biologie, les demandes de salles de gym séparées, de piscines séparées, etc. Après, les revendications n'en finiront plus. De la part des islamistes, il y a une véritable stratégie de grignotage. On est déjà le dos au mur et la question de la laïcité me paraît fondamentale. Si cette bataille-là est perdue, ce sera très grave. Il faut renforcer la laïcité en tant qu'antidote.

Tant pis si des écoles confessionnelles musulmanes se créent. A chacun de choisir de vivre dans ou hors la république. Mais au moins l'école républicaine pourra rester fidèle à ses valeurs, et les enseigner. Il ne faut pas céder à ce chantage.

Parce que c'en est un : aujourd'hui on voit des gamins de plus en plus jeunes... jeûner pendant le Ramadan et les parents leur interdire d'aller à la piscine. Non pas dans la crainte qu'ils se noient mais parce que s'ils boivent la tasse, ils rompront le jeûne. On est en plein délire.

Je ne vous demande donc pas si vous êtes optimiste.

La réponse est NON ! mais cela ne veut pas dire qu'il faut arrêter de lutter, au contraire. Il faut se battre pour la laïcité, pour les valeurs de la république.

Liliane Messika © Primo Europe, le 2 décembre 2003

Thierry Jonquet(1954). né à Paris. Il étudie la philosophie puis l'ergothérapie. Après divers boulots, il enseigne, notamment à des jeunes délinquants (éducation surveillée). Il se consacre ensuite exclusivement à l'écriture. L'oeuvre de Thierry Jonquet est très largement reconnue. Sur un ton singulier, il écrit romans noirs et récits cocasses, où se mêlent faits divers et satire politique. Ce romancier figure parmi les plus doués de sa génération. Ses ouvrages principaux sont : Mygale, la bête et la belle, les orpailleurs, Moloch

Liliane Messika © Primo, 11-08-2009


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 Sujet du message: Re: Hommage à Thierry Jonquet.
MessagePublié: 20 Jan 2010, 13:39 
BBCodeur Islamentable
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Inscrit le: 18 Jan 2008, 23:34
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Un corps massacré est découvert dans un immeuble délabré. Non identifiable. On peut juste constater que c'est une jeune fille. Détail macabre, la main droite a été coupée. Le travail est propre, le tueur s'y connaissait. L'équipe de l'inspecteur divisionnaire Rovère est chargée de l'enquête. Une semaine plus tard, un deuxième cadavre est retrouvé. C'est aussi une femme et le rituel de l'assassinat est le même. Dès lors, l'idée d'un meurtrier poursuivant une vengeance prend forme et commence la course contre la montre pour éviter d'autres morts.


Je viens de terminer "les opailleurs", et quel livre :shock: Thierry Jonquet est vraiment un auteur majeur de la littérature française :idea: C'est criant de vérité, les différents protagonistes sont décrits avec leurs forces et leurs faiblesses. Quant à l'histoire, elle commence dans un style relativement classique, pour finir dans les méandres de l'Histoire, et c'est dans les toutes dernières pages que l'ont découvre l'identité des fameux "orpailleurs" 8)
Je vais de suite invertir dans la suite: Moloch :clope:

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"Se contenter de croire nous évite la pénible nécessité de penser" Issac Assimov.


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